Artillerie, hydraulique, ponts, architecture et calcul des voûtes : derrière les églises somptueuses du XVIIIᵉ siècle se cachait un remarquable technicien
Résumé en latin ecclésiastique
Balthasar Neumann, architectus et ingeniarius catholicus saeculi duodevicesimi, scientiam constructionis, hydraulicam atque artem barocam coniunxit. Ecclesias, pontes, palatia et machinas aquarias excogitavit, rationem mathematicam pulchritudini architectonicae serviens.
Du fondeur de cloches à l’ingénieur
Johann Balthasar Neumann fut baptisé à Eger, aujourd’hui Cheb en République tchèque, le 30 janvier 1687.
Il était issu d’une famille catholique modeste, son père étant fabricant de drap.
Il commença par apprendre des métiers très concrets.
Il se forma notamment à la fonderie, aux canons et aux cloches.
Vers 1711, il s’installa à Würzburg.
L’année suivante, il entra dans l’artillerie franconienne.
La formation militaire de l’époque imposait bien davantage que de savoir tirer un canon.
Un officier d’artillerie devait comprendre géométrie, fortification, calcul des distances, matériaux et mécanique.
Neumann étudia ainsi les sciences de la construction, mais aussi le latin, l’italien et le français.
Il participa aux campagnes militaires contre l’Empire ottoman avant de revenir à Würzburg.
En 1719, le prince-évêque Johann Philipp Franz von Schönborn le choisit comme directeur des constructions.
Neumann commença alors le chantier qui allait le rendre célèbre : la Résidence de Würzburg.
Mais réduire Neumann à un décorateur baroque serait une erreur.
Il fut simultanément architecte, ingénieur militaire et ingénieur civil.
Il travailla sur les routes, les ponts, les cours d’eau, les écluses et les systèmes d’adduction.
Il conçut ou améliora des machines destinées à élever et distribuer l’eau.
Würzburg lui dut notamment des améliorations importantes de son alimentation en eau courante.
Il intervint aussi sur plusieurs ponts et systèmes hydrauliques de Franconie.
À Bad Kissingen, ses travaux hydrauliques contribuèrent à l’aménagement des sources thermales.
En 1732, il reçut même une charge d’enseignement en architecture civile et militaire à l’université de Würzburg.
Faire tenir l’impossible
Les grandes églises de Neumann illustrent parfaitement la rencontre entre calcul et esthétique.
À Vierzehnheiligen, il développa un espace intérieur composé de volumes courbes qui semblent presque se déplacer.
À Würzburg, le gigantesque escalier de la Résidence devait supporter une immense voûte sans multiplication de piliers.
L’effet paraît aérien.
Mais cette légèreté repose sur une maîtrise extrêmement précise des poussées, des matériaux et de la géométrie.
L’architecture baroque n’est donc pas l’opposé de l’ingénierie.
Elle en constitue parfois une démonstration spectaculaire.
Ingénieur de l’Église
Neumann travailla largement pour des princes-évêques catholiques.
Il construisit ou conçut églises, chapelles, abbayes et résidences épiscopales.
Parmi ses réalisations religieuses figurent notamment la chapelle Schönborn de la cathédrale de Würzburg et l’église de pèlerinage de Vierzehnheiligen.
Sa foi catholique appartient au contexte même de son œuvre.
La science constructive permettait ici de créer des espaces destinés à la liturgie et au pèlerinage.
Le professeur d’architecture
Son activité universitaire est particulièrement intéressante pour Cogito Ergo Credo.
Neumann ne conserva pas ses connaissances comme un secret d’atelier.
Il participa à leur transmission institutionnelle.
La construction devient alors un véritable domaine savant où se rencontrent :
mathématiques ;
mécanique ;
géométrie ;
hydraulique ;
dessin ;
résistance des matériaux ;
expérience pratique.
Balthasar Neumann mourut à Würzburg le 19 août 1753.
Il fut enterré avec les honneurs militaires dans la Marienkapelle de la ville.
Note culturelle
Neumann appartient au sommet du baroque catholique germanique.
Sa carrière rappelle que nombre de chefs-d’œuvre religieux ne furent possibles que grâce à des compétences que nous appellerions aujourd’hui scientifiques et techniques.
Une coupole peut inviter à lever les yeux vers Dieu.
Encore faut-il qu’un ingénieur sache empêcher qu’elle ne vous tombe dessus.
Sources
Neue Deutsche Biographie, notice Balthasar Neumann : architecte, ingénieur, catholique et spécialiste des travaux hydrauliques.
Bavarikon, biographie technique de Neumann.
Catholic Encyclopedia, Johann Balthasar Neumann et son architecture religieuse.
Landesbildungsserver Baden-Württemberg, chronologie de sa formation et de son enseignement universitaire.
Pour aller plus loin
Bède le Vénérable, le moine qui donna une mémoire chrétienne à l’Europe
Chez Bède comme chez Neumann, un savoir technique précis finit par servir une civilisation chrétienne entière.
Justin de Naplouse, le philosophe qui mit Platon au service du Christ
Une autre manière d’intégrer une connaissance extérieure au domaine religieux dans une vision chrétienne du monde.
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