Herbert Haag, le bibliste qui voulut débarrasser l’Écriture de nos lectures automatiques

 

Prêtre catholique, professeur d’Ancien Testament à Lucerne puis Tübingen et auteur d’un grand dictionnaire biblique, il consacra sa carrière à confronter les doctrines aux langues, aux textes et au contexte historique de la Bible





Résumé en latin ecclésiastique

Herbertus Haag, sacerdos catholicus et professor Veteris Testamenti, Scripturas historica atque philologica ratione investigavit. Lexicon biblicum magni momenti edidit atque doctrinas theologicas ad fontes biblicos examinare studuit, non sine controversiis ecclesialibus.


Un Allemand devenu prêtre du diocèse de Bâle

Herbert Haag naquit le 11 février 1915 à Singen, dans le sud de l’Allemagne.

Après ses études secondaires, il se dirigea vers le sacerdoce pour le diocèse suisse de Bâle.

Il commença sa formation à Rome puis poursuivit ses études à Paris.

La guerre modifia naturellement son parcours.

Il fut ordonné prêtre à Paris en 1940. (kath.ch)


Théologie, mais aussi langues orientales

Haag ne voulait pas étudier l’Ancien Testament uniquement à partir des traductions.

À Paris et durant sa formation supérieure, il s’intéressa aux langues et civilisations de l’ancien Proche-Orient.

Les notices biographiques mentionnent notamment l’étude de l’arabe et du hittite.

Ce dernier point est particulièrement révélateur.

Comprendre la Bible historiquement suppose de replacer Israël dans le vaste univers linguistique et culturel de l’Orient ancien. (de.wikipedia.org)


Docteur et professeur d’Ancien Testament

Haag obtint son doctorat en théologie à Fribourg en 1942.

Après quelques années de ministère pastoral à Lucerne, il fut nommé en 1948 professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie de Lucerne.

En 1960, il rejoignit la prestigieuse faculté catholique de l’Université de Tübingen.

Il y occupa la chaire d’Ancien Testament jusqu’à son éméritat en 1980. L’Université de Tübingen le répertorie officiellement parmi ses professeurs catholiques de sciences bibliques pour cette période. (uni-tuebingen.de)


Le grand Bibel-Lexikon

L’un de ses travaux les plus durables fut le Bibel-Lexikon.

L’ouvrage rassemblait sous forme de dictionnaire :

  • personnages ;

  • lieux ;

  • langues ;

  • institutions ;

  • archéologie ;

  • histoire ;

  • théologie biblique.

L’édition originale fut publiée dans les années 1950 avant plusieurs révisions.

La bibliothèque universitaire de Heidelberg conserve par exemple l’édition de 1951-1956, qui atteint 1784 colonnes. (uni-heidelberg.de)

L’ouvrage devint un outil de référence et fut traduit dans plusieurs langues.

Une notice catholique suisse publiée à sa mort le qualifie explicitement de standardwerk, ouvrage de référence. (kath.ch)


Un dictionnaire n’est pas seulement une collection de définitions

Pourquoi un dictionnaire biblique est-il important ?

Parce qu’un texte vieux de deux ou trois millénaires repose sur des réalités que le lecteur moderne ne connaît plus spontanément.

Qu’est-ce qu’un sicle ?

Qui étaient les Hittites ?

Quelle différence entre Samarie et Juda ?

Comment fonctionnait le Temple ?

Quel sens pouvait avoir un mot hébreu avant d’être traduit en grec puis en latin ?

Le travail du bibliste consiste donc d’abord à reconstruire le monde derrière les mots.


Une exégèse historico-critique

Haag appartient à la génération catholique qui vit se développer fortement les méthodes historiques appliquées à la Bible.

Il compare :

  • textes ;

  • genres littéraires ;

  • langues ;

  • cultures voisines ;

  • histoire des traditions ;

  • contextes archéologiques.

La Bible reste pour lui un texte religieux, mais elle doit être lue à travers les outils ordinaires de la recherche historique.

Cette approche deviendra largement admise dans les études catholiques modernes.


La Genèse et la doctrine du péché originel

C’est précisément cette méthode qui conduisit Haag vers plusieurs controverses.

Dans ses travaux sur la création et le péché originel, il soutint qu’il fallait distinguer ce que les textes bibliques disent effectivement des constructions théologiques postérieures.

Ses positions provoquèrent de longues discussions avec les autorités ecclésiastiques.

Les controverses ne portaient donc pas simplement sur un détail.

Elles posaient une question méthodologique fondamentale :

jusqu’où une doctrine peut-elle être réexaminée lorsque l’exégèse historique modifie notre compréhension des textes sur lesquels elle s’appuie ? (tradicatolica.com)


Le diable comme problème d’exégèse

Haag devint encore plus célèbre avec ses travaux sur Satan et les démons.

Il estimait que beaucoup de représentations traditionnelles du diable devaient être étudiées à partir de leur environnement culturel juif et proche-oriental.

Sa lecture le conduisit à des conclusions très contestées sur la manière d’interpréter l’existence personnelle du démon.

Ces thèses suscitèrent un vif désaccord dans l’Église. (de.wikipedia.org)

Pour Cogito Ergo Credo, l’intérêt n’est pas d’adopter automatiquement ses conclusions.

Il est de montrer le fonctionnement de la méthode :

texte, langue, histoire des idées, comparaison culturelle, puis conclusion théologique.


Tübingen, laboratoire théologique

Les années de Haag à Tübingen correspondent à l’une des périodes intellectuellement les plus riches de la faculté.

Il y côtoya notamment Hans Küng.

Joseph Ratzinger enseigna également à Tübingen durant une partie des années 1960.

La faculté constituait alors un véritable laboratoire où exégèse, théologie dogmatique et renouvellement conciliaire se confrontaient. (uni-tuebingen.de)


La Bible et le dialogue judéo-chrétien

Haag participa aussi au développement du dialogue avec le judaïsme.

La connaissance de l’Ancien Testament rendait cette question inévitable.

Une Bible chrétienne ne commence pas avec Matthieu.

Ses trois quarts sont constitués par les Écritures d’Israël.

Comprendre historiquement le judaïsme ancien permet donc aussi de corriger certaines lectures chrétiennes simplificatrices ou hostiles.


Un savant parfois plus provocateur que prudent

Il serait trompeur de présenter Haag comme un simple professeur consensuel.

Plusieurs de ses prises de position furent très contestées.

Il défendit également, après son éméritat, diverses réformes ecclésiales qui dépassaient largement son domaine initial de spécialisation.

Une partie de ses conclusions théologiques reste discutée.

Mais cela ne retire rien à l’importance de son travail comme bibliste, professeur et éditeur d’outils de recherche.

Il faut simplement distinguer ses compétences exégétiques et les conclusions plus larges qu’il en tira.


Mort le 23 août 2001

Herbert Haag mourut à Lucerne le 23 août 2001.

La notice officielle de l’Église catholique suisse rappelle son activité de professeur, son doctorat, son ministère sacerdotal et surtout l’importance durable de son dictionnaire biblique. (kath.ch)


Pourquoi appartient-il à Cogito Ergo Credo ?

Le lien avec la transmission du savoir et les sciences bibliques est direct :

  • prêtre catholique ;

  • docteur en théologie ;

  • spécialisation en Ancien Testament ;

  • étude de langues orientales ;

  • professeur à Lucerne et Tübingen ;

  • exégèse historico-critique ;

  • étude des cultures du Proche-Orient ancien ;

  • édition d’un grand dictionnaire biblique ;

  • formation de générations d’étudiants ;

  • réflexion sur la manière dont les découvertes historiques modifient l’interprétation des textes.

Haag rappelle surtout une règle essentielle de toute recherche :

avant d’utiliser un texte pour répondre à nos questions, il faut d’abord savoir ce que ce texte voulait dire dans son propre monde.


Note culturelle

Son Bibel-Lexikon eut une diffusion internationale.

Une édition espagnole parut sous le titre Diccionario de la Biblia.

L’ouvrage comprenait plus de deux mille colonnes dans certaines éditions et comportait cartes, illustrations et bibliographies. (seminario.edu.uy)

À une époque antérieure aux recherches numériques, un tel dictionnaire était littéralement un moteur de recherche biblique sur papier.


Sources

  • Université de Tübingen, Herbert Haag parmi les professeurs de sciences bibliques catholiques. (uni-tuebingen.de)

  • Schweizerische Kirchenzeitung, notice nécrologique officielle, 2001. (kath.ch)

  • Université de Heidelberg, catalogue du Bibel-Lexikon. (uni-heidelberg.de)

  • Persée, données bibliographiques sur ses travaux de recherche. (education.persee.fr)


Pour aller plus loin

Ces titres figurent bien dans l’index actuel de Cogito Ergo Credo. (cogitoergocredo.blogspot.com)

Sergius de Reshaina : moine-traducteur et passeur de lumière

Comme Haag, Sergius montre qu’on ne comprend véritablement les textes anciens qu’en passant par les langues, les manuscrits et le contexte culturel qui les a produits. (cogitoergocredo.blogspot.com)

Joseph Milik — Le déchiffreur des textes oubliés

Milik représente le versant archéologique et philologique des sciences bibliques : manuscrits, langues anciennes et reconstruction patiente du texte. (cogitoergocredo.blogspot.com)

Saint Augustin : quand la Parole sacrée rime avec la logique éclairée

Augustin permet de prolonger une question centrale chez Haag : comment interpréter une Écriture inspirée sans transformer chaque phrase en description littérale de la réalité ? (cogitoergocredo.blogspot.com)

Raban Maur, l’homme qui voulut tout comprendre pour mieux croire

Raban Maur et Herbert Haag appartiennent à deux époques totalement différentes, mais partagent le même désir de donner au lecteur des instruments permettant de comprendre systématiquement les Écritures. (cogitoergocredo.blogspot.com)


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L’exégète doit-il s’arrêter lorsqu’une interprétation historique dérange une formulation théologique traditionnelle, ou est-ce précisément à ce moment-là que le véritable travail intellectuel commence ?

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