Au tournant du XVIIᵉ siècle, il ouvrit à Rome ce que Léon XIV présente comme la première école publique gratuite d’Europe et construisit autour d’elle un ordre religieux entièrement consacré à l’enseignement
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Iosephus Calasanctius, sacerdos Hispanus et Fundator Scholarum Piarum, Romae scholam gratuitam pueris pauperibus aperuit. Educationem litterariam, scientificam et christianam ius pauperum esse intellexit atque magistrorum religiosorum communitatem instituit ad scientiam omnibus tradendam.
Attention : pas José Calasanz Marqués
Le nom peut prêter à confusion.
Nous avons déjà rencontré José Calasanz Marqués, salésien espagnol martyrisé en 1936.
Le personnage du 25 août est beaucoup plus ancien.
Il s’agit de Joseph de Calasanz, en espagnol José de Calasanz, né en Aragon en 1557 et mort à Rome le 25 août 1648.
Deux hommes d’Église.
Deux Espagnols.
Mais près de quatre siècles les séparent.
Un prêtre aragonais arrive à Rome
Joseph naquit à Peralta de la Sal, dans le royaume d’Aragon.
Il reçut une formation universitaire et fut ordonné prêtre.
Il arriva ensuite à Rome.
Là, il fut frappé par une réalité extrêmement visible : une grande partie des enfants pauvres n’avait pratiquement aucun accès à l’éducation.
L’instruction demeurait largement dépendante des ressources familiales.
Un enfant pauvre pouvait donc grandir sans savoir correctement lire, écrire ou compter.
Joseph considéra cela non seulement comme un problème social, mais comme une injustice chrétienne.
Santa Dorotea : une petite salle change l’histoire scolaire
Dans le quartier du Trastevere, près de l’église Santa Dorotea, Joseph commença à organiser une école pour les enfants pauvres.
L’enseignement y était gratuit.
Le principe paraît banal aujourd’hui.
À la fin du XVIᵉ siècle, il ne l’était pas du tout.
Jean-Paul II rappela que l’œuvre de Calasanz devint l’origine d’une école publique au sens moderne et souligna qu’il s’agissait d’une forme nouvelle de charité chrétienne : instruire gratuitement les enfants qui risquaient d’être privés d’éducation par leur pauvreté.
Plus récemment, Léon XIV l’a décrit comme le fondateur de la première école publique gratuite d’Europe.
Lire, écrire… et compter
L’innovation de Calasanz ne consiste pas uniquement à enseigner le catéchisme.
Son école veut donner aux enfants pauvres les instruments intellectuels nécessaires à une véritable vie sociale.
Pour Calasanz, l’alphabétisation et le calcul relevaient de la dignité avant même de relever de la compétence.
Autrement dit :
savoir lire n’est pas un luxe ;
savoir écrire n’est pas réservé aux élites ;
savoir compter ne doit pas dépendre de la fortune des parents.
C’est une idée éducative extrêmement moderne.
Une pédagogie « brève, simple et efficace »
Calasanz ne voulait pas d’un enseignement réservé à quelques élèves exceptionnellement doués.
Il cherchait une méthode utilisable à grande échelle.
Jean-Paul II cite ses Constitutions : l’éducation devait être donnée de manière « brève, simple et efficace ».
Le but était de permettre aux enfants d’acquérir rapidement des connaissances fondamentales solides.
L’école populaire exigeait donc une pédagogie adaptée à ceux qui ne possédaient pas derrière eux toute une culture familiale savante.
L’école comme ascenseur social avant le mot
Calasanz observe une réalité simple.
Un enfant pauvre sans instruction reste beaucoup plus facilement enfermé dans sa pauvreté.
L’école ne garantit évidemment pas la réussite.
Mais elle ouvre des possibilités.
Lecture, écriture et calcul permettent :
d’accéder à des métiers ;
de tenir des comptes ;
de lire des documents ;
de communiquer ;
de poursuivre d’autres apprentissages.
L’éducation devient donc une forme structurelle de lutte contre la pauvreté.
Des maîtres spécialisés
Très vite, une seule école ne suffit plus.
Il faut former des enseignants.
Calasanz comprend alors que l’éducation des pauvres ne peut dépendre uniquement de quelques bénévoles enthousiastes.
Elle exige une institution professionnelle et durable.
Il crée progressivement la communauté qui deviendra l’ordre des Clercs réguliers pauvres de la Mère de Dieu des Écoles pies, plus simplement appelés Piaristes.
Le religieux piariste n’est donc pas uniquement prêtre.
Il est aussi enseignant.
« Piété et lettres »
Le projet se résume traditionnellement dans l’association :
Pietas et Litterae
la piété et les lettres.
Calasanz refuse ainsi l’opposition entre instruction profane et formation chrétienne.
Un enfant doit apprendre :
à lire le monde,
à lire les livres,
et, pour Calasanz, à lire sa propre existence à la lumière de Dieu.
Les mathématiques prennent de l’importance
Les écoles piaristes se distinguèrent progressivement par leur intérêt pour les disciplines scientifiques et mathématiques.
Cette orientation aura des conséquences remarquables dans les siècles suivants.
Les Piaristes fourniront des enseignants, mathématiciens, naturalistes et savants dans plusieurs pays européens.
Le projet éducatif de Calasanz crée donc indirectement un milieu dans lequel la transmission scientifique peut se développer.
Et Galilée ?
La vie de Calasanz croise même indirectement celle de Galilée.
Les Piaristes évoluent dans la Rome intellectuelle du XVIIᵉ siècle où les nouvelles sciences suscitent débats et tensions.
Calasanz manifesta une ouverture notable envers l’enseignement des mathématiques.
Cette dimension explique en partie pourquoi son œuvre appartient pleinement à l’histoire de la culture scientifique catholique, même s’il n’était pas lui-même astronome.
Une crise terrible
L’histoire des Écoles pies ne fut pas une réussite continue.
Des conflits internes et accusations provoquèrent une grave crise.
L’ordre fut temporairement réduit puis supprimé sous sa forme initiale.
Calasanz, déjà très âgé, vit ainsi une partie de son œuvre s’effondrer.
Il continua pourtant à croire que les écoles survivraient.
Il mourut à Rome le 25 août 1648, à environ quatre-vingt-dix ans.
Quelques années après sa mort, l’œuvre fut restaurée.
De l’expérience romaine au modèle européen
Le modèle piariste se diffusa ensuite dans de nombreux pays.
Les écoles devinrent particulièrement importantes en Europe centrale, en Italie, en Espagne et dans plusieurs régions de l’ancien empire des Habsbourg.
Le principe était désormais reproductible :
ouvrir une école ;
garantir la gratuité aux pauvres ;
former les maîtres ;
transmettre une culture générale ;
associer savoir et formation morale.
Nous sommes déjà très proches de certains principes qui deviendront ceux de l’école populaire moderne.
Léon XIV et Calasanz
Le caractère éducatif de Calasanz a été remis en lumière récemment.
Dans Dilexi te, Léon XIV rappelle qu’il fonda à Rome la première école publique gratuite d’Europe et le qualifie de « véritable fondateur de l’école catholique moderne », ouverte à tous et orientée vers la formation intégrale de la personne.
Léon XIV souligne encore que, pour Calasanz, lecture et calcul constituent d’abord une question de dignité.
Patron des écoles populaires chrétiennes
En 1948, Pie XII proclama Joseph de Calasanz patron universel des écoles populaires chrétiennes.
Cette reconnaissance résume parfaitement son apport.
Il n’a pas inventé l’école.
Il n’a pas inventé l’enseignement chrétien.
Son originalité est d’avoir posé très fortement un principe :
la pauvreté ne doit pas empêcher un enfant d’accéder au savoir.
Pourquoi appartient-il à Cogito Ergo Credo ?
Le lien avec la transmission du savoir est massif :
création d’une école gratuite ;
instruction des enfants pauvres ;
alphabétisation ;
apprentissage du calcul ;
professionnalisation de l’enseignement ;
formation d’enseignants ;
fondation d’un ordre éducatif ;
diffusion européenne d’un réseau scolaire ;
articulation entre foi, lettres et sciences ;
réflexion sur la pédagogie populaire.
Joseph de Calasanz appartient donc à l’histoire des sciences non comme découvreur, mais comme constructeur de l’infrastructure humaine sans laquelle les découvertes ne peuvent être transmises.
Note culturelle
Le français a longtemps employé la forme Joseph Calasanz ou Joseph de Calasanz.
Le latin donne Josephus Calasanctius, d’où l’ancien français Calasance.
Les religieux issus de son œuvre sont les Piaristes, nom beaucoup plus court que leur titre complet.
Sources
Jean-Paul II, lettre aux Piaristes sur l’œuvre éducative de Calasanz.
Léon XIV, Dilexi te, sur la première école publique gratuite d’Europe.
Léon XIV, lettre apostolique sur l’éducation.
AELF, mémoire de saint Joseph de Calasanz au 25 août 2026.
Pour aller plus loin
✨ Jean-Baptiste de La Salle — L’architecte du savoir accessible
Calasanz à Rome et La Salle en France incarnent deux moments majeurs de l’histoire de l’éducation gratuite.
Sainte Maria De Mattias, l’autodidacte qui ouvrit l’école aux filles des villages oubliés
Deux siècles après Calasanz, Maria De Mattias applique la même intuition aux jeunes filles des campagnes italiennes.
Sainte Émilie de Vialar, la fondatrice qui transforma un héritage en écoles sur trois continents
Émilie transforme elle aussi un projet local en réseau éducatif international.
Bede Jarrett, le dominicain qui ramena les frères prêcheurs à Oxford après quatre siècles
Jarrett représente l’autre extrémité de la chaîne éducative : après l’école populaire élémentaire, il faut aussi construire les institutions capables de produire et transmettre le savoir supérieur.
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L’invention la plus importante de Joseph de Calasanz n’est-elle finalement pas d’avoir compris que le savoir devait devenir un droit du pauvre et non le privilège de celui qui pouvait le payer ?
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