Privée elle-même d’instruction scolaire, elle apprit seule à lire et écrire avant de bâtir au XIXᵉ siècle un réseau d’écoles féminines dans les campagnes italiennes.
Résumé en latin ecclésiastique
Sancta Maria De Mattias, educatione scholastica ipsa privata, legere scribereque sua industria didicit. Postea Congregationem Adoratricum Sanguinis Christi condidit atque scholas puellarum in vicis Italiae aperuit, educationem christianam et humanam instrumentum renovationis societatis existimans.
Une enfant à qui l’école était pratiquement interdite
Maria De Mattias naquit le 4 février 1805 à Vallecorsa, dans les États pontificaux.
Sa famille possédait une certaine aisance et une véritable culture.
Mais cette culture n’était pas destinée de la même manière aux garçons et aux filles.
La biographie officielle publiée par le Vatican rappelle explicitement que les femmes de son milieu n’avaient pas réellement accès à l’instruction scolaire.
Maria grandit donc dans une situation paradoxale.
Elle vivait dans une famille qui possédait des livres.
Mais elle n’avait pas accès à une formation comparable à celle d’un garçon.
Son père lui racontait et lui lisait notamment les épisodes de la Bible.
C’est ainsi que commence son apprentissage intellectuel.
Apprendre seule à lire et écrire
Maria finit par apprendre elle-même à lire et à écrire.
Ce détail est fondamental.
La future fondatrice d’écoles commence son existence comme jeune fille à laquelle la société n’avait précisément pas prévu de donner une véritable scolarité.
Son œuvre éducative future ne vient donc pas d’une théorie abstraite.
Elle connaît personnellement ce que signifie dépendre de l’accès que les autres veulent bien vous accorder au savoir.
Une société marquée par la violence
Son enfance se déroule également dans un contexte de brigandage et de violences locales.
Entre 1810 et 1825, Vallecorsa et sa région connaissent une période particulièrement instable.
Maria développe progressivement une réflexion religieuse sur cette violence.
Elle oppose le sang versé par vengeance au Sang du Christ versé par amour.
Cette expérience lui donne une ambition immense : transformer la société en transformant les personnes.
Une mission qui change sa vie
En 1822, elle a dix-sept ans.
Le futur saint Gaspare del Bufalo vient prêcher une mission populaire à Vallecorsa.
Maria observe l’impact de cette prédication sur toute la communauté.
Elle voit des comportements changer et des conflits s’apaiser.
Elle comprend alors que l’éducation religieuse peut devenir un véritable instrument de transformation sociale.
Première mission : ouvrir une école
L’étape décisive arrive en 1834.
L’administrateur du diocèse d’Anagni, Giuseppe Maria Lais, demande à Maria de venir à Acuto.
Sa mission est très concrète : faire l’école aux jeunes filles.
Le contraste est saisissant.
La femme qui n’avait elle-même pas été scolarisée devient enseignante.
Le 4 mars 1834, elle fonde également la congrégation des Adoratrices du Sang du Christ.
Pourquoi les filles ?
Dans l’Italie rurale du XIXᵉ siècle, l’éducation féminine demeurait très inégale.
Beaucoup de jeunes filles pauvres n’avaient qu’un accès minimal à la lecture et à l’écriture.
Maria comprend qu’éduquer une fille produit des effets au-delà de l’individu.
La future femme transmettra ensuite ce qu’elle sait à ses enfants, à son foyer et parfois à tout son village.
L’éducation féminine devient donc, dans son projet, un multiplicateur social.
L’école ne suffit pas
Maria refuse cependant de limiter l’éducation aux seules élèves inscrites.
Elle rassemble également :
des mères ;
des jeunes femmes ;
des enfants ;
des bergers ;
des adultes illettrés.
Les hommes, auxquels les conventions sociales lui interdisaient normalement de s’adresser directement, venaient parfois l’écouter discrètement.
Les bergers demandaient eux-mêmes à recevoir un enseignement le soir, après leur travail.
L’école devient donc progressivement éducation populaire.
Une enseignante devenue oratrice
La transformation personnelle de Maria est spectaculaire.
Le Vatican la décrit jeune comme timide et introvertie.
Elle devient pourtant une femme capable de parler à des enfants, des adultes, des paysans, des personnes cultivées, des laïcs et des prêtres.
Sa pédagogie ne repose donc pas uniquement sur un programme scolaire.
Elle combine :
lecture ;
écriture ;
catéchèse ;
prédication ;
conversation ;
formation morale ;
accompagnement des familles.
Soixante-dix communautés
La congrégation connaît une expansion rapide.
Durant la vie de Maria, environ soixante-dix communautés sont ouvertes.
La plupart se trouvent dans de petits villages délaissés du centre de l’Italie.
D’autres sont fondées en Allemagne et en Angleterre.
Ce choix géographique est essentiel.
Maria ne concentre pas son projet dans les grandes villes où l’offre éducative est déjà la plus importante.
Elle va précisément là où les infrastructures manquent.
L’école comme instrument de réforme sociale
Maria formule une intuition très moderne : la transformation collective commence par la transformation intérieure et intellectuelle des personnes.
Son ambition ne se limite donc pas à fabriquer de bonnes élèves.
Elle veut former des personnes capables de modifier leur milieu.
L’éducation devient un moyen de lutter contre :
l’ignorance ;
la violence ;
la marginalisation rurale ;
l’absence de formation féminine.
Cette dimension sociale est explicitement soulignée dans sa biographie officielle.
Une femme qui construit son propre système éducatif
Maria n’avait ni diplôme universitaire ni formation pédagogique institutionnelle.
Elle bâtit pourtant progressivement un système reproductible.
Les jeunes femmes qui la rejoignent sont formées.
Elles sont envoyées dans de nouveaux villages.
Elles y ouvrent une communauté et une école.
Elles forment à leur tour d’autres personnes.
Le modèle devient donc réplicable, condition indispensable à toute politique éducative durable.
Rome et Civitavecchia
Son œuvre finit par attirer l’attention de Pie IX.
Elle est appelée à Rome pour travailler notamment auprès de l’Hospice Saint-Louis.
Elle intervient également dans une école à Civitavecchia.
La jeune autodidacte de Vallecorsa est désormais responsable d’un réseau éducatif reconnu jusqu’au sommet de l’Église.
Mort le 20 août
Maria De Mattias mourut à Rome le 20 août 1866.
Pie IX intervint personnellement dans les dispositions entourant sa sépulture.
Sa réputation de sainteté se maintint.
Elle fut béatifiée en 1950 et canonisée par Jean-Paul II en 2003.
Pourquoi appartient-elle à Cogito Ergo Credo ?
Le lien avec l’éducation est ici particulièrement direct :
autodidacte ;
apprentissage personnel de la lecture et de l’écriture ;
enseignement des jeunes filles ;
fondation d’écoles rurales ;
formation de nouvelles éducatrices ;
alphabétisation et instruction des populations marginalisées ;
éducation des adultes ;
réseau d’environ soixante-dix communautés ;
développement international ;
conviction explicite que l’éducation peut transformer la société.
Maria De Mattias illustre parfaitement une idée essentielle : l’absence d’école dans son enfance devient précisément la raison pour laquelle elle construit des écoles pour les autres.
Note culturelle
La biographie de Maria permet aussi de mesurer la révolution silencieuse provoquée par l’éducation féminine au XIXᵉ siècle.
Une jeune fille à qui l’on refusait pratiquement l’école apprend seule.
Elle devient enseignante.
Elle forme d’autres enseignantes.
Puis ces femmes ouvrent des dizaines d’écoles.
En une génération, une compétence qui devait rester exceptionnelle devient une institution transmissible.
Sources
Saint-Siège, biographie officielle de Maria De Mattias pour sa canonisation.
Saint-Siège, version italienne de la biographie officielle.
Saint-Siège, version espagnole détaillant son projet éducatif et social.
Vatican News, calendrier des saints du 20 août.
Pour aller plus loin
Ces articles figurent dans l’index actuel de Cogito Ergo Credo consacré notamment à la transmission du savoir et à l’éducation.
✨ Jean-Baptiste de La Salle — L’architecte du savoir accessible
Comme Maria De Mattias, La Salle transforma une initiative éducative locale en méthode transmissible et en réseau d’écoles. Le titre est bien répertorié dans l’index du blog.
📚 Jean-Antoine Farina — L’évêque qui organisa l’éducation des pauvres
Même conviction que l’enseignement doit atteindre prioritairement ceux que les structures ordinaires laissent de côté. Ce titre figure dans l’index thématique actuel.
Raban Maur, l’homme qui voulut tout comprendre pour mieux croire
Raban Maur rappelle l’autre grande fonction de l’éducation chrétienne : non seulement ouvrir des écoles, mais rassembler et transmettre un patrimoine de connaissances.
🎼 Guido d’Arezzo, le moine qui donna des notes à l’Europe
Guido montre comment une innovation pédagogique peut rendre un savoir beaucoup plus facile à transmettre à grande échelle. Son article est lui aussi recensé dans l’index.
Commenter et s’abonner
L’histoire de Maria De Mattias ne montre-t-elle pas que l’un des meilleurs moyens de mesurer une société consiste simplement à regarder qui elle juge digne d’apprendre ?
Partagez votre avis et abonnez-vous à Cogito Ergo Credo.
Commentaires
Enregistrer un commentaire