Enseigner jusqu’au martyre.
Mercredi 2 septembre 2026 — Mémoire des martyrs de septembre.
En bref
Frère des Écoles chrétiennes, Salomon Le Clercq consacra sa vie à l’éducation. Pendant la Révolution française, il refusa un serment qu’il jugeait incompatible avec sa fidélité à l’Église. Arrêté à Paris, il fut tué au couvent des Carmes le 2 septembre 1792. Béatifié avec les martyrs de septembre, il fut canonisé en 2016.
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Salomon Le Clercq, Frater Scholarum Christianarum, iuvenibus instituendis vitam consecravit. Tempore perturbationis Gallicae, iusiurandum quod libertati Ecclesiae adversabatur recusavit atque ministerium suum secreto continuavit. Die secunda Septembris anno 1792 in conventu Carmelitarum Parisiensi cum multis episcopis, sacerdotibus et religiosis interfectus est. Christo et Ecclesiae usque ad sanguinem fidelis mansit.
De Guillaume à frère Salomon
Guillaume-Nicolas-Louis Leclercq naquit à Boulogne-sur-Mer le 15 novembre 1745, dans une famille de commerçants.
Après des études chez les Frères des Écoles chrétiennes, il travailla quelque temps dans l’entreprise familiale. Cependant, une autre vocation l’attirait : transmettre le savoir aux enfants et faire de l’école un lieu d’éducation humaine et chrétienne.
En 1767, il entra chez les Frères et reçut le nom de frère Salomon.
Il enseigna, forma de jeunes religieux, administra des établissements et devint secrétaire du supérieur général. Sa sainteté se construisit moins dans des aventures éclatantes que dans les salles de classe, les correspondances, la préparation des cours et la fidélité aux tâches quotidiennes.
Une Église prise dans la Révolution
En 1790, la Constitution civile du clergé réorganisa profondément l’Église de France et exigea un serment d’adhésion.
Pour certains catholiques, ce serment représentait une réforme politique acceptable. Pour d’autres, il plaçait l’Église sous une autorité que l’État ne pouvait légitimement exercer sur elle.
Frère Salomon refusa de le prêter.
Les congrégations enseignantes furent supprimées. Plusieurs communautés se dispersèrent. Salomon demeura cependant à Paris et poursuivit clandestinement son service auprès de ses frères.
Son refus n’était pas une haine de la France ni une défense aveugle de privilèges sociaux. Il estimait simplement qu’il ne pouvait prononcer, même pour sauver sa tranquillité, une parole contraire à sa conscience et à ses engagements religieux.
Le couvent des Carmes
Le 15 août 1792, frère Salomon fut arrêté. Il fut conduit dans l’ancien couvent des Carmes, transformé en prison.
La France était alors menacée par les armées étrangères. À Paris, la peur d’une invasion et d’un complot intérieur alimentait une violence extrême. Des rumeurs accusèrent les prisonniers de préparer une insurrection.
Le 2 septembre, les massacres commencèrent.
Des évêques, des prêtres, des religieux et d’autres détenus furent conduits devant un tribunal improvisé. Ceux qui refusaient le serment furent frappés à coups de sabre, de pique ou de baïonnette dans le couvent et son jardin.
Frère Salomon se trouvait parmi eux.
Les récits ne permettent pas de connaître précisément ses derniers gestes. Aucun discours spectaculaire n’était nécessaire : son ultime profession de foi avait été sa fidélité quotidienne.
Martyr de la foi, non d’un parti
Les massacres de Septembre firent de nombreuses victimes pour des raisons diverses. L’Église ne considère donc pas indistinctement tous les morts comme des martyrs au sens canonique.
Une enquête historique fut menée afin d’identifier ceux qui avaient été tués en haine de leur foi et de leur fidélité ecclésiale. Cent quatre-vingt-onze martyrs de septembre furent ainsi reconnus et béatifiés en 1926 par le pape Pie XI.
Frère Salomon fut ensuite canonisé par le pape François le 16 octobre 2016, après la reconnaissance d’une guérison inexpliquée survenue au Venezuela.
Son martyre n’oblige pas à sanctifier un régime politique ou à maudire tous ses adversaires. Il pose une question plus profonde : existe-t-il une parole que notre conscience nous interdit absolument de prononcer ?
Le courage d’une conscience formée
La conscience chrétienne n’est ni une humeur ni une préférence personnelle. Elle doit être instruite, confrontée aux faits, éclairée par la prière et ouverte au discernement.
Mais lorsque cette conscience reconnaît clairement une limite, la franchir volontairement peut détruire l’unité intérieure de la personne.
Salomon aurait pu prêter serment, se faire oublier et recommencer une vie paisible. Il choisit de ne pas séparer sa survie de la vérité à laquelle il avait donné sa parole.
La liberté religieuse commence là : dans le refus de contraindre une âme à confesser ce qu’elle ne croit pas.
L’Évangile du jour
Jésus refuse de conserver pour une seule ville les bienfaits de sa mission : « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle. »
Frère Salomon avait reçu cette mission sous la forme de l’enseignement. Pour lui, annoncer l’Évangile signifiait ouvrir une école, accompagner les jeunes et demeurer frère jusque dans la clandestinité.
Les bâtiments furent fermés. La congrégation fut interdite. Mais personne ne put lui retirer la vocation qu’il avait accueillie.
Lectures : 1 Corinthiens 3, 1-9 ; Psaume 32 ; Luc 4, 38-44.
Lire la messe du 2 septembre 2026
Dicton du 2 septembre
Septembre se nomme le mai de l’automne.
Sous une apparence encore lumineuse, le temps change déjà. L’année 1792 connut elle aussi ce contraste terrible entre la douceur de la fin de l’été et la violence des journées de septembre.
Le prénom Salomon
Salomon vient de l’hébreu Shelomo, rattaché à shalom, la paix.
Le prénom demeure rare, mais il n’a jamais totalement disparu. Environ 1 640 garçons l’auraient reçu en France entre 1900 et 2025. Dix naissances ont encore été enregistrées en 2025 selon les données secondaires établies à partir du fichier de l’Insee.
Le contraste est saisissant : celui dont le nom signifie « paix » mourut dans une explosion de violence. Pourtant, sa paix intérieure ne fut pas vaincue.
Si vous vous appelez Salomon…
Bonne fête !
Que votre saint patron vous donne une intelligence ouverte, une conscience solidement formée et le courage de rester fidèle sans devenir dur. La véritable fermeté chrétienne ne cherche pas la confrontation : elle refuse simplement de vendre la vérité.
Prière à saint Salomon Le Clercq
Saint Salomon,
frère, éducateur et martyr,
veille sur les enseignants
et sur tous ceux qui servent la jeunesse.
Donne-nous une conscience éclairée,
libre de la peur comme de l’orgueil.
Apprends-nous à défendre la vérité
sans haïr ceux qui la refusent,
à rester fidèles dans l’épreuve
et à choisir la paix sans consentir au mensonge.
Soutiens les chrétiens persécutés
et toutes les personnes emprisonnées
en raison de leur foi ou de leurs convictions.
Amen.
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Sources
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