À Malte, il inventa un réseau éducatif original où des hommes et des femmes formés transmettaient eux-mêmes la foi dans les quartiers populaires
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Georgius Preca, presbyter Melitensis, Societatem Doctrinae Christianae instituit ut laici bene formati verbum Dei pueris et adultis traderent. Educationem popularem, methodum catecheticam atque formationem permanentem mira providentia coniunxit.
Un enfant de Malte à la santé fragile
Georges Preca naquit le 12 février 1880 à La Valette, dans l’île de Malte.
Il était le septième enfant d’une famille chrétienne de neuf enfants.
Son père travaillait dans le commerce, tandis que sa mère veillait attentivement à l’éducation religieuse de la famille.
En 1888, les Preca s’installèrent à Ħamrun, ville populaire proche de la capitale.
Georges fréquenta l’école puis le lycée classique.
Il entra ensuite au séminaire de Malte pour étudier la philosophie et la théologie.
Sa santé fragile faillit compromettre son ordination.
Un médecin estima même qu’il ne vivrait probablement pas assez longtemps pour exercer un ministère sacerdotal normal.
Il fut pourtant ordonné prêtre en décembre 1906.
Avant même cette ordination, Georges avait commencé à réunir de jeunes ouvriers et artisans.
Il leur parlait de la Bible, de la Passion du Christ et de la doctrine chrétienne.
Il remarqua rapidement que beaucoup de catholiques pratiquants connaissaient mal le contenu de leur foi.
Le problème ne venait pas seulement d’un manque de bonne volonté.
Les prêtres étaient trop peu nombreux pour assurer une formation régulière dans tous les quartiers.
Georges eut alors une intuition originale.
Au lieu de réserver l’enseignement religieux aux seuls clercs, il décida de former méthodiquement des laïcs capables d’enseigner à leur tour.
Le 7 mars 1907, il commença à réunir régulièrement un premier groupe d’hommes dans un local loué à Ħamrun.
Ces membres étudiaient ensemble la doctrine, la Bible, la prière et les méthodes de transmission.
Ils devaient ensuite ouvrir des centres dans les quartiers et enseigner gratuitement aux enfants comme aux adultes.
En 1910, une branche féminine fut créée sous la direction de Giannina Cutajar.
Cette organisation prit le nom de Société de la doctrine chrétienne.
Elle est aussi connue sous l’acronyme M.U.S.E.U.M.
Georges interprétait ces lettres comme une prière latine : Magister, utinam sequatur Evangelium universus mundus, « Maître divin, que le monde entier suive l’Évangile ».
Les membres n’étaient pas religieux au sens canonique traditionnel.
Ils demeuraient laïcs, vivaient dans le monde et recevaient une formation permanente.
Leur mission reposait sur un principe de démultiplication pédagogique : apprendre sérieusement pour pouvoir enseigner fidèlement.
Georges rédigea de nombreux petits ouvrages, prières, règles et manuels destinés à cette formation.
Il utilisa la langue maltaise afin de toucher les milieux populaires.
La Société se développa dans toute l’île, puis dans plusieurs autres pays.
Georges Preca mourut le 26 juillet 1962.
Jean-Paul II le béatifia à Malte en 2001 et Benoît XVI le canonisa en 2007. Sa mémoire liturgique est célébrée le 26 juillet.
Une véritable technologie de transmission
Georges Preca n’était pas un scientifique expérimental.
Son intérêt pour Cogito Ergo Credo réside dans sa méthode éducative.
Il avait compris qu’un enseignement dépend de plusieurs éléments :
la formation initiale du professeur ;
la répétition régulière ;
l’usage d’un vocabulaire adapté ;
la création de petits groupes ;
la vérification des connaissances ;
la transmission d’un membre formé vers un nouvel apprenant ;
l’entretien permanent des compétences.
Il construisit donc un véritable réseau distribué d’éducation populaire.
Chaque membre devait être à la fois étudiant et enseignant.
La connaissance ne devait pas rester enfermée dans un séminaire ou une bibliothèque.
Elle devait circuler jusque dans les rues, les ateliers et les familles.
Le choix de la langue maltaise
À l’époque de Georges Preca, les milieux cultivés de Malte utilisaient largement l’italien ou l’anglais.
Le maltais restait souvent associé à la vie quotidienne et aux classes populaires.
En choisissant cette langue pour ses textes et son enseignement, Georges contribua à rendre le savoir religieux accessible à une population plus large.
Son action appartient donc aussi à l’histoire de l’alphabétisation, de la vulgarisation et de la reconnaissance culturelle du maltais.
Une intuition en avance sur son temps
Confier une mission stable d’enseignement doctrinal à des laïcs formés paraissait audacieux au début du XXᵉ siècle.
Cette organisation anticipait plusieurs orientations que le concile Vatican II développera plus tard sur l’apostolat des laïcs et leur responsabilité dans l’éducation chrétienne.
La communauté fondée par Preca souligne elle-même que son système de formation et de transmission était particulièrement novateur pour son époque.
Note culturelle
Le nom M.U.S.E.U.M. ne désigne pas un musée au sens français.
Il s’agit d’un acronyme spirituel devenu le nom familier de la Société de la doctrine chrétienne.
À Malte, cette communauté est profondément liée à l’identité religieuse et éducative du pays.
Georges Preca fut aussi le premier saint maltais canonisé.
Sources
Dicastère des Causes des saints, biographie de saint Georges Preca.
Preca Community, histoire de la fondation et méthode éducative.
Société de la doctrine chrétienne, ressources historiques et pédagogiques.
Concile Vatican II, déclaration sur l’éducation chrétienne.
Pour aller plus loin
Pantène d’Alexandrie, le philosophe qui ouvrit une grande école chrétienne
Une autre figure ayant compris que la transmission structurée de la foi nécessitait des maîtres formés.
Jean Cassien, le moine qui cartographia les pensées humaines
Cassien transmit à l’Occident une méthode de formation fondée sur l’expérience, le dialogue et la répétition.
Antonio Lucci, l’évêque qui fit de l’étude une œuvre de charité
Lucci et Preca partagent la conviction que l’éducation constitue une forme directe de service des pauvres.
Les religieux qui développèrent l’éducation populaire
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Le système de Georges Preca, dans lequel chaque élève formé devient à son tour enseignant, pourrait-il inspirer aujourd’hui l’éducation religieuse ou même l’enseignement général ?
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