Médecin, spécialiste des maladies tropicales et missionnaire combonien, il forma des soignants africains tout en développant la médecine dans le nord de l’Ouganda
Résumé en latin ecclésiastique
Beatus Ioseph Ambrosoli, medicus, chirurgus et missionarius Combonianus, in Uganda infirmos curavit, nosocomium auxit atque obstetrices et medicos formavit. Scientiam medicam cum caritate et humili servitio intime coniunxit.
Un héritier qui choisit la médecine
Giuseppe Ambrosoli naquit le 25 juillet 1923 à Ronago, près de Côme, en Italie.
Il appartenait à une famille d’industriels connue pour la production de miel.
Son milieu lui offrait la possibilité d’une carrière confortable.
La Seconde Guerre mondiale bouleversa cependant sa jeunesse.
En 1944, il fut incorporé dans l’armée de la République sociale italienne.
Il réussit ensuite à passer en Suisse, où il fut interné.
Cette expérience renforça son désir de consacrer sa vie au service des autres.
Après la guerre, il entreprit des études de médecine et de chirurgie à l’université de Milan.
Il obtint son diplôme en 1949.
Il travailla d’abord dans un hôpital italien afin d’acquérir une expérience clinique.
Il partit ensuite à Londres pour se spécialiser en médecine tropicale.
Cette formation répondait déjà à un projet missionnaire précis.
Giuseppe entra chez les Missionnaires comboniens.
Il poursuivit parallèlement sa formation théologique et fut ordonné prêtre en décembre 1955.
En février 1956, il partit pour l’Ouganda.
Il fut envoyé à Kalongo, petite localité du nord du pays.
Le dispensaire local ne disposait que de quelques lits et de moyens très limités.
Ambrosoli commença par soigner les malades avec les ressources disponibles.
Il développa progressivement le dispensaire jusqu’à en faire un véritable hôpital.
Il pratiquait la chirurgie, la médecine générale, l’obstétrique et le traitement des maladies infectieuses.
Les pathologies rencontrées étaient nombreuses : paludisme, tuberculose, lèpre, parasitoses, blessures et complications de grossesse.
Le médecin ne pouvait cependant pas répondre seul aux besoins d’une région entière.
Il comprit que l’avenir de l’hôpital dépendait de la formation du personnel local.
En 1959, il participa à la création d’une école de sages-femmes.
Ces professionnelles devaient pouvoir intervenir dans les villages, accompagner les grossesses et réduire la mortalité maternelle et infantile.
Ambrosoli forma également des infirmiers, des techniciens et de jeunes médecins.
L’hôpital de Kalongo devint l’un des centres médicaux les plus importants du nord de l’Ouganda.
Il soignait sans distinction d’origine, d’ethnie ou de religion.
Giuseppe répétait qu’il était le serviteur des malades qui souffraient.
Son action associait diagnostic, chirurgie, prévention, hygiène et éducation sanitaire.
La guerre détruit l’hôpital
À partir des années 1970, l’Ouganda fut ravagé par les dictatures, les guerres civiles et les violences militaires.
Kalongo se retrouva progressivement exposée aux combats.
Ambrosoli continua pourtant à faire fonctionner l’hôpital.
En 1987, les affrontements contraignirent l’équipe à évacuer les patients.
Le médecin dut organiser leur transfert alors qu’il était lui-même gravement malade.
L’hôpital fut ensuite pillé et en partie détruit.
Giuseppe Ambrosoli mourut le 27 mars 1987 à Lira.
Son décès fut attribué à une insuffisance rénale compliquée par l’épuisement et la maladie.
Il avait consacré plus de trente ans à la médecine en Ouganda.
Son corps fut plus tard ramené à Kalongo, auprès de l’hôpital qu’il avait développé.
Le miracle retenu pour sa béatification
La procédure de béatification s’ouvrit en 1999.
En 2015, le pape François reconnut ses vertus héroïques.
En 2019, le Saint-Siège reconnut un miracle attribué à son intercession.
Il concernait la guérison d’une jeune Ougandaise souffrant d’une infection grave et considérée comme proche de la mort.
Giuseppe Ambrosoli fut béatifié à Kalongo le 20 novembre 2022.
Sa mémoire est célébrée localement le 28 juillet.
Une médecine qui forme au lieu de dépendre
L’apport d’Ambrosoli ne se limite pas au nombre de malades qu’il soigna.
Il chercha à créer une médecine durable.
Un hôpital dépendant uniquement d’un médecin européen aurait disparu avec lui.
Il forma donc des professionnels ougandais capables de poursuivre son travail.
Cette démarche correspond aujourd’hui à un principe essentiel de la coopération sanitaire : transmettre les compétences plutôt que maintenir une dépendance permanente.
Son école de sages-femmes joua un rôle majeur dans l’amélioration de la santé maternelle.
Ambrosoli comprit également que la médecine tropicale ne pouvait être une simple copie de la médecine européenne.
Elle devait s’adapter aux maladies locales, aux distances, aux ressources disponibles et aux habitudes des communautés.
Science et charité
Giuseppe Ambrosoli refusait d’opposer efficacité médicale et vocation religieuse.
La foi ne remplaçait ni le diagnostic, ni l’étude, ni la chirurgie.
Elle déterminait la manière d’utiliser ces compétences.
Le malade n’était pas un cas intéressant, mais une personne à servir.
La charité, de son côté, ne pouvait se contenter de bonnes intentions.
Elle exigeait une formation exigeante, du matériel, une organisation et une connaissance précise des maladies.
Son parcours correspond donc pleinement à l’esprit de Cogito Ergo Credo : une science rigoureuse mise au service de la dignité humaine.
Note culturelle
Le nom d’Ambrosoli reste associé à l’hôpital de Kalongo et à une fondation qui soutient encore aujourd’hui son activité.
Sa vie illustre aussi l’histoire méconnue des médecins missionnaires du XXᵉ siècle.
Ces praticiens furent parfois chirurgiens, administrateurs, enseignants, logisticiens et chercheurs de terrain à la fois.
Leur action doit être examinée avec lucidité dans le contexte colonial et postcolonial, mais elle a aussi permis la création d’institutions médicales durables dans des régions longtemps délaissées
.Sources
Dicastère pour les Causes des saints, notice consacrée à Giuseppe Ambrosoli.
Vatican News, présentation de sa béatification et de son œuvre médicale en Ouganda.
Saint-Siège, biographie du médecin missionnaire.
Fondation Ambrosoli, histoire de l’hôpital et parcours vers la béatification.
Pour aller plus loin
Joseph Moscati, le médecin des corps, l’ami des âmes
Comme Ambrosoli, Moscati associa compétence clinique, recherche médicale et attention aux malades pauvres.
Takashi Nagai, le médecin de Nagasaki qui transforma la bombe en témoignage
Nagai montre lui aussi comment un médecin catholique peut continuer à soigner et à transmettre au milieu de la guerre et de la destruction.
Sainte Jeanne Beretta Molla, la médecin qui choisit la vie
Une autre figure du XXᵉ siècle où médecine, responsabilité personnelle et foi chrétienne demeurent indissociables.
Saints Côme et Damien, médecins de Dieu et témoins d’une science au service de l’homme
Les célèbres médecins anargyres constituent l’un des modèles anciens de la médecine gratuite et charitable que poursuivit Ambrosoli.
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