Mary MacKillop, l’institutrice qui apporta l’école au bout du monde


Première sainte canonisée d’Australie, elle bâtit un réseau d’écoles rurales destiné aux enfants que la pauvreté et l’éloignement privaient d’instruction





Résumé en latin ecclésiastique

Sancta Maria a Cruce MacKillop, magistra et fundatrix Sororum Sancti Ioseph a Sacro Corde, educationem pauperum in regionibus Australiae ruralibus promovit. Scholas condidit, sorores docentes formavit atque institutionem humanam et christianam omnibus, praesertim egenis, aperire studuit.


Une institutrice dans une Australie encore jeune

Mary MacKillop naquit à Melbourne le 15 janvier 1842.

Ses parents étaient des immigrés écossais.

La famille connut régulièrement des difficultés financières.

Mary dut donc travailler jeune afin de participer aux revenus du foyer.

Elle devint notamment gouvernante et institutrice.

Dans les zones rurales australiennes, elle découvrit une réalité préoccupante : de nombreux enfants pauvres n’avaient pratiquement aucun accès à l’école.

Les distances étaient immenses, les enseignants peu nombreux et les services publics encore très limités.

Avec le prêtre Julian Tenison Woods, Mary imagina une congrégation capable d’envoyer des enseignantes partout où elles seraient nécessaires.


Une école dans une ancienne écurie

Le 19 mars 1866, elle ouvrit à Penola une première école destinée aux enfants pauvres.

Les débuts furent très modestes.

Le projet se développa pourtant rapidement.

Mary prit le nom religieux de Marie de la Croix.

Avec ses premières compagnes, elle fonda les Sœurs de Saint Joseph du Sacré-Cœur.

Les religieuses devaient pouvoir être envoyées dans les petites communautés rurales sans dépendre exclusivement de riches établissements urbains.

De nouvelles écoles apparurent en Australie puis en Nouvelle-Zélande.


Former les enseignants

Mary comprit rapidement qu’ouvrir un bâtiment ne suffisait pas.

Il fallait former des enseignantes capables :

  • d’instruire plusieurs niveaux dans une même classe ;

  • de travailler avec peu de matériel ;

  • de vivre dans des régions isolées ;

  • d’assurer une formation intellectuelle et religieuse ;

  • d’accueillir les enfants pauvres sans distinction de fortune.

La congrégation devint donc à la fois un réseau scolaire et un système de formation des maîtresses.


Une conception globale de l’éducation

Le pape François a résumé un aspect essentiel de sa pédagogie : pour Mary MacKillop, l’éducation devait viser le développement intégral de la personne.

Elle ne consistait pas simplement à accumuler des notions.

Elle devait accompagner la croissance intellectuelle, humaine, morale et spirituelle de l’enfant.

Cette conception exigeait selon elle sagesse, patience et charité de la part de l’enseignant.


Les enfants que personne ne voulait prendre

Mary voulait aller précisément là où les institutions ordinaires avaient peu de chances d’arriver.

Les écoles josephites accueillirent notamment des enfants :

  • de familles rurales pauvres ;

  • vivant loin des grandes villes ;

  • victimes de discriminations sociales ;

  • et issus de communautés marginalisées.

Le projet éducatif prit ainsi une dimension sociale directe.

L’école devait empêcher la pauvreté de devenir automatiquement une condamnation à l’ignorance.


Une administration complexe

La multiplication des établissements souleva des problèmes très concrets.

Mary dut trouver des financements, recruter et former les religieuses, négocier avec les évêques, répartir les enseignantes et maintenir une cohérence pédagogique entre des écoles très éloignées.

François rappelait qu’elle devait littéralement « payer les factures » et gérer les institutions en plus de sa mission spirituelle.

Cette dimension administrative est essentielle : l’idéal éducatif ne survit que s’il devient une organisation viable.


Conflits et excommunication

La croissance rapide de la congrégation provoqua aussi de graves tensions ecclésiastiques.

En 1871, Mary fut même excommuniée par l’évêque d’Adélaïde dans un contexte de conflits de gouvernement.

La sanction fut levée quelques mois plus tard.

L’expérience renforça son désir de garantir à sa congrégation une organisation suffisamment autonome pour poursuivre sa mission éducative au-delà des rivalités locales.


Des écoles aux œuvres sociales

Mary et ses sœurs ne se limitèrent pas à l’enseignement.

Elles ouvrirent également des maisons pour les enfants abandonnés, des refuges et différentes œuvres destinées aux pauvres et aux personnes âgées.

L’éducation faisait donc partie d’un projet plus large de développement humain.


Mort et reconnaissance

Mary MacKillop mourut à Sydney le 8 août 1909.

Jean-Paul II la béatifia en 1995 et fixa sa fête au 8 août, anniversaire de sa mort.

Benoît XVI la canonisa en 2010.

Elle devint la première personne née en Australie reconnue comme sainte par l’Église catholique.


Pourquoi appartient-elle à Cogito Ergo Credo ?

Le lien est particulièrement direct :

  • institutrice ;

  • fondatrice d’écoles ;

  • formation des enseignantes ;

  • réflexion explicite sur la finalité de l’éducation ;

  • scolarisation des populations rurales ;

  • accès des pauvres au savoir ;

  • organisation d’un réseau scolaire à grande échelle ;

  • articulation entre instruction, formation humaine et responsabilité sociale.

Mary MacKillop représente parfaitement le passage d’une vocation individuelle d’enseignante à une véritable institution éducative.


Note culturelle

Elle est généralement appelée Saint Mary of the Cross MacKillop dans le monde anglophone.

En Australie, son visage et son œuvre dépassent largement les milieux catholiques.

Son histoire appartient autant à celle de l’éducation australienne qu’à celle des congrégations religieuses du XIXᵉ siècle.


Sources

  • Vatican News, audience consacrée à Mary MacKillop et à son œuvre éducative.

  • Saint-Siège, audience générale du 28 juin 2023.

  • Livret pontifical de canonisation, biographie et contexte scolaire australien.

  • Jean-Paul II, lettre apostolique de béatification fixant sa fête au 8 août.


Pour aller plus loin

Les URL directes n’étant pas ressorties dans l’indexation publique, j’utilise ici des recherches internes précises.

Nicola Mazza, le professeur qui voulait rendre le savoir aux pauvres et à l’Afrique

Mazza et MacKillop partagent la conviction que la pauvreté ne doit jamais déterminer le niveau d’éducation accessible à un enfant.

Georges Preca, le prêtre qui transforma les laïcs en professeurs de catéchisme

Preca développa lui aussi un système dans lequel les personnes formées deviennent à leur tour éducatrices.

Clément d’Ohrid, le pédagogue qui donna une langue écrite aux peuples slaves

Une autre expérience où l’éducation devient l’outil concret permettant à une communauté entière de progresser.

Antonio Lucci, l’évêque qui fit de l’étude une œuvre de charité

Lucci offre un parallèle européen à l’idée que l’accès au savoir constitue en lui-même une œuvre de justice.


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Une école destinée aux plus pauvres doit-elle seulement transmettre les mêmes savoirs que les autres, ou développer une pédagogie spécifiquement adaptée aux obstacles sociaux rencontrés par ses élèves ?

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