Nicola Mazza, le professeur qui voulait rendre le savoir aux pauvres et à l’Afrique

 

Enseignant de mathématiques et de physique, il fonda des écoles, développa l’étude des langues et forma les premiers compagnons de Daniel Comboni




Résumé en latin ecclésiastique

Venerabilis Nicolaus Mazza, presbyter Veronensis, mathematicam, physicam, historiam et linguas docuit. Instituta ad pauperum educationem condidit atque iuvenes Europaeos et Africanos ad missionem, scientiam et mutuam formationem praeparavit.


Un jeune Véronais formé aux sciences et à la théologie

Nicola Mazza naquit le 10 mars 1790 à Vérone.

Il grandit dans une famille chrétienne disposant de ressources suffisantes pour lui assurer une solide formation.

Il étudia les lettres, la philosophie, les mathématiques et les sciences.

Sa vocation sacerdotale mûrit notamment sous l’influence de Gaspard Bertoni et du savant prêtre Antonio Cesari.

Nicola fut ordonné en 1814.

Il poursuivit alors l’étude de saint Thomas d’Aquin et d’Alphonse de Liguori.

Parallèlement à son ministère, il enseigna dans les écoles publiques et ecclésiastiques de Vérone.

Il donna des cours de mathématiques, puis intervint également en physique et en histoire.

Durant plus de trois décennies, l’enseignement resta au centre de son activité.

Il ne considérait pas les sciences comme un luxe réservé aux classes aisées.

Elles devaient permettre aux jeunes pauvres de développer leurs capacités et d’accéder à une véritable autonomie.


Un enfant pauvre comme point de départ

L’origine de son œuvre éducative est associée à un garçon nommé Luigi Dusi.

L’enfant était le fils d’un menuisier et ne pouvait recevoir la formation correspondant à ses aptitudes.

Nicola Mazza l’accueillit à Vérone afin qu’il puisse fréquenter les écoles du séminaire, ouvertes également aux élèves extérieurs.

Le prêtre comprit alors qu’il existait de nombreux enfants intelligents empêchés d’étudier uniquement par la pauvreté.

Il ne voulut pas créer un simple orphelinat.

Son projet consistait à repérer des capacités, offrir une formation exigeante et permettre à chaque jeune de développer une vocation personnelle.

Cette intuition donna naissance à l’Institut masculin.

Une œuvre féminine fut ensuite organisée pour l’éducation des jeunes filles pauvres.

La promotion des capacités individuelles, la culture générale et la formation chrétienne devinrent les principes directeurs de ses établissements.


Une école qui refusait la charité minimale

Nicola Mazza ne pensait pas que les pauvres devaient recevoir une instruction simplifiée.

Ses élèves étudiaient les lettres classiques, les sciences, la philosophie, l’histoire et les langues.

La pauvreté ne devait pas déterminer d’avance le niveau intellectuel accessible à un enfant.

Il introduisit notamment l’étude du français, de l’anglais et de l’allemand.

Lorsque son projet africain se développa, l’arabe fut également enseigné.

Cette place donnée aux langues répondait à un objectif pratique.

Les élèves devaient pouvoir lire, voyager, dialoguer avec d’autres peuples et transmettre les connaissances dans plusieurs contextes culturels.


Mathématiques et physique

Mazza enseigna les mathématiques dès le début de son ministère.

Il donna aussi, au moins occasionnellement, des cours de physique.

Ces disciplines formaient l’esprit à l’ordre, à la démonstration et à l’observation.

Son institut ne fut donc pas seulement une maison de formation religieuse.

Il appartenait à l’histoire de l’enseignement scientifique dans l’Italie du XIXᵉ siècle.

Le prêtre cherchait à unir culture humaniste, sciences, formation morale et ouverture missionnaire.

Cette synthèse explique sa place légitime dans Cogito Ergo Credo.


« Don Congo »

Nicola Mazza développa très tôt un intérêt passionné pour l’Afrique centrale.

Ses contemporains finirent par le surnommer Don Congo.

Il lisait les récits de voyageurs et de missionnaires, étudiait les cartes et cherchait à comprendre les populations du continent.

Son projet ne consistait pas uniquement à envoyer des Européens évangéliser l’Afrique.

Il voulait également former des jeunes Africains afin qu’ils deviennent les éducateurs, prêtres et responsables de leurs propres peuples.

Cette intuition était résumée par une idée : l’Afrique devait être régénérée par les Africains eux-mêmes.

La formulation restait marquée par le langage paternaliste du XIXᵉ siècle, mais elle cherchait déjà à dépasser une mission entièrement dépendante des Européens.


Des jeunes Africains formés à Vérone

Mazza fit accueillir dans ses instituts plusieurs jeunes Africains libérés de l’esclavage ou rencontrés dans les ports de la Méditerranée et de la mer Rouge.

Ils recevaient une formation religieuse, linguistique, intellectuelle et professionnelle.

Le projet soulevait toutefois de nombreuses difficultés.

Les différences de climat, de culture et de langue rendaient l’adaptation difficile.

Certains élèves tombèrent malades.

D’autres ne purent retourner dans leur région d’origine.

L’expérience permit néanmoins de former des interprètes et des médiateurs capables de participer aux futures missions.

Elle obligea également les éducateurs européens à comprendre que la transmission ne pouvait pas être unilatérale.


Le maître de Daniel Comboni

Daniel Comboni entra jeune dans l’institut de Nicola Mazza.

Il y étudia la philosophie, la théologie, la médecine et plusieurs langues, notamment le français, l’anglais et l’arabe.

En 1849, agenouillé devant Mazza, il fit le vœu de consacrer sa vie à l’Afrique centrale.

Le futur saint développera plus tard son propre plan missionnaire et fondera les Comboniens.

Les relations entre les deux hommes ne furent pas toujours simples.

Mazza prit même ses distances avec certaines formulations du plan de Comboni en 1865.

Malgré ces divergences, l’institut de Vérone avait fourni au jeune missionnaire la formation intellectuelle, linguistique et spirituelle qui rendit son œuvre possible.


Une méthode fondée sur les aptitudes

Nicola Mazza refusait de réduire l’éducation à une discipline collective uniforme.

Il cherchait à identifier les qualités particulières de chaque élève.

Certains étaient orientés vers les lettres, d’autres vers les sciences, les métiers, le sacerdoce ou les missions.

Cette attention à la personne explique pourquoi son œuvre ne se limitait pas à donner un toit et de la nourriture.

Elle visait la promotion intégrale des capacités.

L’éducation devait permettre à un jeune pauvre de devenir acteur de sa propre vie plutôt que bénéficiaire permanent d’une assistance.


Une institution fragile

Les établissements de Mazza manquaient constamment d’argent.

Le prêtre engageait ses ressources, sollicitait des bienfaiteurs et empruntait pour maintenir les écoles.

L’empereur d’Autriche lui accorda une médaille d’or pour son œuvre éducative.

Selon une tradition biographique, Mazza utilisa régulièrement cette décoration comme gage au mont-de-piété afin de payer les dépenses urgentes de ses communautés.

Cette anecdote résume son rapport aux honneurs : une récompense n’avait de valeur que si elle pouvait être transformée en livres, en nourriture ou en études.


Mort et reconnaissance ecclésiale

Nicola Mazza mourut à Vérone le 2 août 1865.

Ses œuvres éducatives continuèrent après sa mort.

Son héritage influença les Comboniens, plusieurs institutions scolaires et un collège universitaire portant son nom.

En 2013, le pape François autorisa la promulgation du décret reconnaissant l’héroïcité de ses vertus.

Nicola Mazza porte depuis le titre de vénérable.


Science, mission et ambiguïtés du XIXᵉ siècle

Le projet de Mazza doit être replacé dans son époque.

Il associait évangélisation, civilisation, instruction et mission d’une manière aujourd’hui discutée.

Certaines expressions employées par lui ou par ses disciples reflètent les préjugés européens du XIXᵉ siècle.

Son œuvre contient néanmoins une intuition importante : aucune mission durable ne peut mépriser les langues, les savoirs locaux et la formation des populations concernées.

L’histoire de ses réussites comme de ses limites permet donc d’étudier les relations complexes entre science, éducation, christianisme et colonisation.


Note culturelle

Vérone fut au XIXᵉ siècle un foyer étonnamment fécond de fondations catholiques liées à l’éducation, à la santé et aux missions.

Nicola Mazza y côtoya ou influença plusieurs figures importantes.

Son institut forma Daniel Comboni et participa indirectement à la naissance d’un vaste réseau missionnaire international.

Le surnom « Don Congo » montre à quel point l’Afrique occupait son imagination, bien qu’il n’y ait jamais exercé lui-même une longue mission.


Sources


Pour aller plus loin

Clément d’Ohrid, le pédagogue qui donna une langue écrite aux peuples slaves

Comme Mazza, Clément comprit que la transmission religieuse exigeait des écoles, des maîtres et une véritable politique linguistique.

Georges Preca, le prêtre qui transforma les laïcs en professeurs de catéchisme

Preca développa à Malte un réseau éducatif dans lequel les élèves formés devenaient eux-mêmes enseignants.

Giuseppe Ambrosoli, le chirurgien qui bâtit un hôpital au milieu de la savane

Ambrosoli prolongea en Ouganda l’intuition d’une œuvre durable fondée sur la formation de professionnels africains.

Antonio Lucci, l’évêque qui fit de l’étude une œuvre de charité

Lucci et Mazza partagent la conviction que l’instruction des pauvres ne constitue pas un supplément à la charité, mais l’une de ses formes les plus profondes.


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Former des élèves pauvres et africains dans une institution européenne était-il une intuition émancipatrice, ou restait-il prisonnier des limites culturelles de son époque ?

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