Saint Alypios de Kiev, l’iconographe qui apprit son art auprès des Grecs

 

Peinture, restauration, apprentissage technique et transmission d’un savoir byzantin : au XIᵉ siècle, ce moine participa à la naissance d’une véritable école artistique à Kiev







Résumé en latin ecclésiastique

Sanctus Alypius Kioviensis, monachus et iconographus, artem pingendi a magistris Graecis didicit. Icones pinxit atque restauravit, scientiam artis sacrae transmisit et inter primos magnos iconographos terrae Rus’ numeratur.

Apprendre auprès des maîtres de Constantinople

Alypios, ou Alypius, vécut à Kiev à la fin du XIᵉ et au début du XIIᵉ siècle.

Nous ignorons son année exacte de naissance.

Très jeune, il entra dans le monastère des Grottes de Kiev, la future laure des Grottes.

À cette époque, Kiev était l’un des grands centres culturels de la Rus’.

En 1083, des artistes grecs furent appelés depuis Constantinople afin de décorer l’église de la Dormition du monastère.

Alypios fut placé auprès d’eux pour apprendre leur métier.

Il reçut donc une véritable formation pratique auprès de professionnels issus de la tradition artistique byzantine.

Il apprit à préparer les supports, organiser une composition, manier les pigments et restaurer les peintures religieuses.

Les sources le présentent ensuite comme l’un des premiers grands iconographes de la Rus’ de Kiev.

Il devint moine puis fut ordonné prêtre.

L’iconographie demeura néanmoins son activité principale.

Lorsqu’il apprenait qu’une église possédait des icônes endommagées, il les restaurait gratuitement.

S’il recevait un paiement, il partageait l’argent en trois parts.

Une première servait à acheter de nouveaux matériaux.

Une deuxième était donnée aux pauvres.

La troisième couvrait ses propres besoins.

Ce détail est particulièrement intéressant pour l’histoire du métier.

Il montre que l’iconographe devait gérer un véritable atelier : panneaux, pigments, liants et autres fournitures représentaient un coût réel.

Une technique devenue tradition

L’intérêt d’Alypios pour Cogito Ergo Credo réside surtout dans la transmission technique.

L’iconographie médiévale n’est pas seulement une inspiration religieuse.

Elle exige :

  • préparation du bois ;

  • enduits ;

  • dessin préparatoire ;

  • mélange des couleurs ;

  • usage de pigments minéraux et organiques ;

  • dorure ;

  • conservation et restauration.

Alypios appartient à la génération qui reçut ces procédés directement de maîtres grecs puis les transmit dans le monde slave.

L’histoire de son atelier se situe donc au croisement de l’art, de la chimie artisanale, de la conservation des matériaux et de la transmission des savoir-faire.

Restaurateur autant que peintre

Les sources insistent sur un aspect remarquable : Alypios restaurait les icônes anciennes.

Cela suppose de savoir distinguer la couche picturale du support, réparer les dommages sans détruire l’image et utiliser des matériaux compatibles avec l’œuvre originale.

Évidemment, nous sommes très loin de la conservation scientifique actuelle.

Mais le principe est déjà là : une œuvre ancienne possède une valeur qu’il faut préserver plutôt que simplement remplacer.

Et les miracles ?

La tradition hagiographique ajoute de nombreux épisodes surnaturels.

Alypios aurait guéri un lépreux en appliquant sur ses plaies les couleurs utilisées pour peindre.

Certaines icônes auraient résisté miraculeusement à des incendies.

À la fin de sa vie, alors qu’il était trop malade pour terminer une commande, un ange aurait peint une icône à sa place.

Ces récits appartiennent à l’hagiographie.

Pour l’histoire du savoir, le fait essentiel reste beaucoup plus concret : un jeune moine de Kiev apprit une technique byzantine auprès de maîtres étrangers puis participa à son implantation durable en Europe orientale.

La Svena, une œuvre attribuée à Alypios

La tradition lui attribue notamment l’icône de la Mère de Dieu dite Svena-Caves.

L’Orthodox Church in America conserve également sa mémoire au 17 août et le présente comme l’un des premiers grands iconographes de la Rus’.

Il mourut vers 1114 et fut enterré dans les Grottes proches de Kiev.

Note culturelle

Le mot « iconographe » est plus juste qu’« artiste » dans ce contexte.

L’icône obéit à des règles de composition, de couleurs et de symboles transmises par apprentissage.

L’individualité du peintre importe moins que sa fidélité à une tradition.

Alypios représente donc une forme de savoir où technique, théologie et artisanat sont impossibles à séparer.

Sources

  • Orthodox Church in America, vie de saint Alypios, iconographe des Grottes de Kiev.

  • Orthodox Church in America, hymnes liturgiques rappelant son apprentissage de l’iconographie.

  • Église catholique de Norvège, notice historique sur Alypius, mémoire du 17 août.

Pour aller plus loin

Les moines copistes et la conservation du savoir

Une autre manière dont les communautés religieuses ont transmis des techniques et des connaissances.

Sergius de Reshaina, médecin et traducteur entre plusieurs mondes

Comme Alypios, Sergius appartient à ces passeurs qui ont fait circuler un savoir grec vers d’autres cultures.

Les pigments et la science des couleurs au Moyen Âge

Pour prolonger l’aspect matériel de l’iconographie : minéraux, liants, dorure et conservation.

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Peut-on considérer l’iconographe médiéval comme un technicien autant qu’un artiste ?

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