Saint Diomède de Tarse, le médecin qui soignait gratuitement

 


Formé à l’art médical dans l’Orient romain, il associa soin du corps, gratuité et foi chrétienne avant de devenir martyr sous Dioclétien






Résumé en latin ecclésiastique

Sanctus Diomedes Tarsensis medicus fuit, arte medica eruditus atque infirmos sine mercede curans. Corporibus medicinam praebebat et aegrotis Evangelium annuntiabat. Tempore persecutionis Diocletiani propter fidem Christi mortuus est atque inter sanctos medicos anargyros veneratur.

Un médecin chrétien de l’Antiquité

Diomède naquit à Tarse en Cilicie, ville déjà célèbre pour avoir donné naissance à saint Paul.

Il reçut une véritable formation médicale.

La tradition orientale insiste précisément sur cette compétence : Diomède avait étudié « l’art médical » avant d’exercer sa profession. (oca.org)

Il travailla notamment dans les régions de l’Empire romain d’Orient et finit par s’établir à Nicée en Bithynie.

Diomède appartenait à cette catégorie de saints médecins que les Églises orientales appellent les anargyres.

Le terme signifie littéralement « sans argent ».

Ces médecins étaient ainsi honorés parce que la tradition affirme qu’ils soignaient les malades gratuitement.

Diomède mettait ses connaissances médicales au service des pauvres et de ceux qui ne pouvaient payer.

La source liturgique orthodoxe souligne qu’il ne séparait pas la médecine de l’attention portée à la personne.

Il soignait les corps, mais parlait également aux malades de sa foi chrétienne. (oca.org)

Sous l’empereur Dioclétien, les persécutions contre les chrétiens s’intensifièrent.

L’activité de Diomède fut dénoncée aux autorités.

L’empereur aurait ordonné son arrestation.

Selon la tradition, Diomède mourut avant que les soldats chargés de le capturer ne puissent le ramener.

Ils lui coupèrent néanmoins la tête pour apporter une preuve de l’exécution de l’ordre impérial.

Un récit miraculeux affirme que les soldats devinrent alors aveugles.

Lorsqu’ils replacèrent la tête auprès du corps, leur vue aurait été rendue. (oca.org)

Ce dernier épisode appartient évidemment à l’hagiographie.

L’élément le plus intéressant pour l’histoire des sciences reste son identification ancienne comme médecin de profession.

Médecine et christianisme antique

Diomède montre que le christianisme ancien ne s’est pas développé en opposition à la médecine gréco-romaine.

Les chrétiens pouvaient utiliser les connaissances médicales disponibles tout en leur donnant une signification morale particulière.

Dans la tradition des médecins anargyres, trois idées deviennent inséparables :

  • compétence médicale ;

  • soin des pauvres ;

  • refus de faire de la maladie une simple source de profit.

Cette conception ne remplace évidemment pas la médecine scientifique moderne.

Mais elle appartient à l’histoire très longue de l’éthique médicale.

Pourquoi « sans argent » ?

Dans le vocabulaire chrétien oriental, un médecin « anargyre » n’est pas un guérisseur magique.

C’est d’abord quelqu’un dont le savoir médical est mis gratuitement au service des malades.

La gratuité devient ainsi une vertu professionnelle.

Diomède est d’ailleurs cité dans certaines prières orientales liées à l’onction des malades avec d’autres saints médecins. (oca.org)

Une étonnante postérité géographique

Le nom de Diomède a même laissé une trace sur les cartes.

Les îles Diomède, situées dans le détroit de Béring entre l’Alaska et la Sibérie, reçurent leur nom parce que Vitus Béring les aperçut le jour où le calendrier orthodoxe russe célébrait saint Diomède.

Ainsi, un médecin de Tarse du début du IVᵉ siècle s’est retrouvé, quinze siècles plus tard, à donner indirectement son nom à deux îles de l’Arctique.

Note culturelle

L’iconographie de Diomède reste surtout présente dans le christianisme oriental.

Il est généralement représenté comme un martyr mais aussi comme médecin, ce qui le rapproche de Côme et Damien, Pantaléon et d’autres saints associés à l’histoire des soins.

La liturgie orthodoxe le qualifie explicitement d’homme « habile dans la science de la guérison ». (oca.org)

Sources

  • Orthodox Church in America, vie de saint Diomède, médecin anargyre, mémoire du 16 août. (oca.org)

  • Orthodox Church in America, textes liturgiques de saint Diomède. (oca.org)

  • Calendrier des saints du 16 août, mention de Diomède de Tarse comme médecin. (fr.wikipedia.org)

Pour aller plus loin

Les médecins saints de l’Antiquité

Côme, Damien, Pantaléon et d’autres figures montrent comment la pratique médicale s’inséra très tôt dans l’histoire chrétienne.

Sergius de Reshaina, médecin et traducteur entre plusieurs mondes

Un autre médecin chrétien oriental, cette fois lié à la traduction et à la transmission de la médecine grecque.

Les monastères et la transmission de la médecine antique

Pour prolonger l’histoire des savoirs médicaux entre Antiquité et Moyen Âge.

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L’idéal du médecin « sans argent » peut-il encore apporter quelque chose à notre réflexion moderne sur l’accès aux soins ?

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