Sainte Eudoxie de Perse, la prisonnière qui transforma la captivité en école biblique

 

Capturée avec des milliers de chrétiens, elle utilisa sa connaissance des Écritures pour former les prisonniers et transmettre la foi aux femmes perses





Résumé en latin ecclésiastique

Sancta Eudoxia Persica, Scripturarum perita, cum multis Christianis captiva ducta est. In carcere socios instruxit, mulieres Persicas evangelizavit atque doctrinam memoria et verbo transmisit, donec propter fidem diuturnis tormentis affecta et gladio necata est.


Une chrétienne instruite dans les Écritures

Eudoxie, également appelée Eudocie ou Eudokia, vécut au IVᵉ siècle.

Elle était originaire d’Anatolie, dans l’Empire romain d’Orient.

Les renseignements sur sa jeunesse et sa famille ont disparu.

La tradition insiste néanmoins sur une particularité essentielle : elle connaissait remarquablement bien les Saintes Écritures.

Cette connaissance supposait une formation exceptionnelle pour une femme de son époque.

Les livres étaient rares, coûteux et copiés à la main.

La plupart des fidèles recevaient les textes bibliques par la lecture publique, la prédication et la mémorisation.

Eudoxie semble avoir assimilé un vaste ensemble de récits, de prières et d’enseignements chrétiens.

Cette culture devint décisive lorsqu’elle fut arrachée à son pays.


Neuf mille captifs

Au cours des guerres opposant l’Empire romain à la Perse sassanide, les armées du roi Shapur II emmenèrent de nombreux prisonniers.

La tradition affirme qu’Eudoxie fut capturée avec environ neuf mille chrétiens.

Le chiffre peut avoir été amplifié par les récits hagiographiques.

Il reflète néanmoins une réalité historique : les campagnes militaires entraînaient des déplacements massifs de populations, ensuite réparties dans les territoires perses.

Les captifs perdaient leurs maisons, leurs églises, leurs livres et souvent leurs prêtres.

Dans ces conditions, la transmission de la foi risquait de s’interrompre rapidement.

Eudoxie transforma pourtant la captivité en lieu d’enseignement.


Enseigner sans bibliothèque

La prisonnière ne disposait vraisemblablement ni d’une école, ni d’un pupitre, ni d’une collection de manuscrits.

Elle possédait ce qu’elle avait mémorisé.

Elle instruisit les autres captifs en leur racontant les Écritures, en rappelant les prières et en expliquant la foi chrétienne.

Son enseignement reposait donc sur l’oralité.

Cette méthode était familière aux sociétés antiques :

  • récitation répétée ;

  • apprentissage par cœur ;

  • questions et réponses ;

  • transmission en petits groupes ;

  • chants et prières facilitant la mémoire ;

  • interprétation des événements à la lumière des récits bibliques.

Eudoxie devint ainsi une bibliothèque vivante pour une communauté privée de ses livres.


De prisonnière à catéchiste

Son activité ne se limita pas aux captifs chrétiens.

Eudoxie parla également aux femmes perses qu’elle rencontrait.

Elle leur présenta le Christ et leur expliqua les croyances chrétiennes.

Plusieurs d’entre elles se seraient converties.

Ce passage d’un groupe culturel à l’autre demandait davantage qu’une simple répétition de formules.

Il fallait rendre compréhensible une tradition née dans le monde biblique à des personnes appartenant à la culture religieuse perse.

Eudoxie apparaît donc comme une catéchiste, une interprète culturelle et une missionnaire laïque.

Son autorité ne venait d’aucun titre officiel, mais de sa connaissance et de sa capacité à transmettre.


La mémoire comme instrument de résistance

Dans une situation de déportation, conserver la mémoire collective constitue déjà une forme de résistance.

Un pouvoir peut disperser une communauté, confisquer ses biens et supprimer ses institutions.

Il lui est plus difficile d’effacer les textes appris par cœur.

En récitant les Écritures, Eudoxie aidait les captifs à conserver :

  • leur identité ;

  • leur espérance ;

  • leur histoire ;

  • leur vocabulaire religieux ;

  • leur unité morale ;

  • la possibilité de transmettre la foi à leurs enfants.

L’enseignement ne servait donc pas uniquement à acquérir des connaissances.

Il empêchait une population déracinée de perdre entièrement sa culture.


Une femme enseignante dans l’Antiquité chrétienne

L’exemple d’Eudoxie rappelle que l’enseignement chrétien ancien ne fut jamais exercé uniquement par des clercs.

Dans les maisons, les familles, les communautés de veuves et les groupes de prisonniers, des femmes transmettaient les prières et les récits bibliques.

Leur activité a laissé moins de documents que celle des évêques et des auteurs masculins.

Elle fut pourtant indispensable à la survie concrète des communautés.

Eudoxie appartient ainsi à l’histoire méconnue des femmes catéchistes et éducatrices du christianisme ancien.


Le martyre de l’enseignante

Les conversions provoquées par son enseignement attirèrent l’attention des autorités.

Eudoxie fut arrêtée ou maintenue dans une détention plus rigoureuse.

On lui imposa de longs supplices afin de la contraindre à renoncer à sa foi.

Elle refusa.

La tradition rapporte qu’elle fut finalement décapitée, probablement entre 362 et 364, durant le règne de Shapur II.

Sa mémoire est célébrée le 4 août dans les Églises orientales.


Ce que l’on peut réellement affirmer

La notice consacrée à Eudoxie est très brève.

Nous ne disposons pas d’un récit contemporain détaillé permettant de vérifier le nombre des captifs, le contenu exact de son enseignement ou les circonstances précises de son martyre.

Il faut donc éviter de transformer quelques lignes hagiographiques en biographie entièrement documentée.

Trois éléments structurent cependant clairement sa mémoire :

  • une connaissance reconnue des Écritures ;

  • un enseignement exercé en captivité ;

  • une transmission de la foi auprès des femmes perses.

Ces éléments suffisent à établir un lien substantiel avec l’histoire de l’éducation et de la circulation orale des savoirs.


Pourquoi appartient-elle à Cogito Ergo Credo ?

Eudoxie ne fut ni scientifique ni philosophe.

Son apport relève directement de la transmission intellectuelle :

  • maîtrise de textes bibliques ;

  • mémorisation d’un patrimoine écrit ;

  • enseignement oral sans accès aux livres ;

  • formation d’une communauté déplacée ;

  • passage d’un savoir entre deux cultures ;

  • rôle des femmes dans l’éducation religieuse ;

  • conservation d’une identité par la connaissance.

Son histoire permet d’étudier une question fondamentale : que reste-t-il d’une culture lorsque ses bibliothèques, ses écoles et ses institutions disparaissent ?


Note culturelle

Le prénom Eudoxie vient du grec eudoxia, qui signifie « bonne renommée », « gloire véritable » ou « opinion favorable ».

Il fut porté par plusieurs impératrices byzantines et par différentes saintes.

La martyre de Perse renverse toutefois l’éclat impérial associé au nom.

Sa renommée ne vient ni d’un palais ni d’une œuvre écrite, mais d’un enseignement transmis oralement au milieu des captifs.


Sources

  • Orthodox Church in America, « Martyr Eudokia of Persia ».

  • Orthodox Church in America, calendrier du 4 août 2026.

  • Études historiques générales sur les persécutions chrétiennes sous Shapur II et les déplacements de populations entre les Empires romain et sassanide.


Pour aller plus loin

Clément d’Ohrid, le pédagogue qui donna une langue écrite aux peuples slaves

Clément montre comment une communauté assure sa continuité en formant des lecteurs, des traducteurs et des enseignants.

Jean l’Exarque, le traducteur qui enseigna la nature en langue slave

Jean l’Exarque transmit les savoirs par le livre, tandis qu’Eudoxie dut les conserver et les transmettre presque uniquement par la mémoire.

Sergius de Reshaina, moine-traducteur et passeur de lumière

Sergius illustre une autre forme de passage des connaissances entre les mondes grec, syriaque et oriental.

Georges Preca, le prêtre qui transforma les laïcs en professeurs de catéchisme

Georges Preca systématisa au XXᵉ siècle ce qu’Eudoxie accomplit spontanément en captivité : former des croyants capables d’enseigner à leur tour.


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