🔬 Bienheureux Pierre Bonhomme, quand l’Église apprenait à parler avec les sourds

 

Foi, pédagogie et langue des signes au XIXe siècle




📅 Saint du jour

Bienheureux Pierre Bonhomme, 9 septembre, XIXe siècle, époque contemporaine

Prêtre français, éducateur et fondateur des Sœurs de Notre-Dame du Calvaire, né en 1803 et mort en 1861.


👂 Comment enseigner à celui qui n’entend pas ?

Au XIXe siècle, cette question est à la fois médicale, pédagogique, linguistique et sociale.

Une personne sourde de naissance peut parfaitement penser.

Mais comment lui transmettre une langue dans une société où presque tout l’enseignement passe par la parole ?

Comment enseigner le catéchisme ?

Comment apprendre à lire ?

Comment permettre de communiquer avec les autres ?

Et surtout : faut-il apprendre aux personnes sourdes à reproduire la parole des entendants, ou reconnaître leur manière propre de communiquer ?

Pierre Bonhomme va rencontrer très concrètement ces questions.


⛪ Un curé qui commence par l’école

Pierre Bonhomme naît à Gramat, dans le Lot, en 1803.

Ordonné prêtre en 1827, il se préoccupe rapidement de l’instruction.

À une époque où l’accès à l’enseignement demeure profondément inégal, il fonde une école destinée aux enfants et développe différentes œuvres éducatives et sociales.

De cette activité naît progressivement une communauté religieuse :

les Sœurs de Notre-Dame du Calvaire.

Leur mission ne se limite pas à la prière.

Il faut enseigner, soigner et s'occuper de ceux que la société laisse facilement à ses marges.

Parmi eux se trouvent les personnes sourdes.


🤟 Une langue qui passe par les mains

L’éducation des sourds avait connu en France une transformation considérable au siècle précédent grâce notamment à l’abbé Charles-Michel de l’Épée.

Celui-ci avait compris une chose fondamentale :

les gestes utilisés par les personnes sourdes peuvent constituer le point de départ d’une véritable communication et d’un enseignement.

L’idée qu’une langue puisse passer principalement par les yeux et les mains bouleversait les conceptions traditionnelles de la parole.

Pierre Bonhomme s’inscrit dans cet héritage pédagogique.

Ses religieuses vont progressivement se consacrer à l’éducation de jeunes sourdes.


🧠 Être sourd ne signifie pas être incapable de raisonner

Cela paraît évident aujourd’hui.

Cela ne l’a pas toujours été.

Pendant des siècles, l’absence de parole orale avait parfois été confondue avec une incapacité intellectuelle.

Or l’éducation des sourds démontrait exactement le contraire.

Une personne privée d’audition peut acquérir une langue, apprendre, raisonner, lire, écrire et transmettre des idées.

Le problème n’est donc pas l’absence d’intelligence.

Le problème est l’accès à la communication.

Cette distinction change profondément la manière de considérer le handicap.


✋ Quand la théologie rencontre la linguistique

La question possède également une dimension théologique.

Saint Paul écrit :

« La foi naît de ce qu’on entend. »

Mais que devient cette formule lorsque le croyant n’entend pas ?

La réponse chrétienne ne peut évidemment être que la foi serait inaccessible au sourd.

Il faut donc distinguer le message du canal sensoriel par lequel il est transmis.

La parole peut devenir signe.

Le signe peut devenir langage.

Et le langage peut transmettre une idée abstraite aussi bien qu’une parole prononcée.

La catéchèse des personnes sourdes oblige ainsi les éducateurs chrétiens à réfléchir très concrètement à ce qu’est une langue.


🏫 Une œuvre qui lui survit

Les Sœurs de Notre-Dame du Calvaire développent après Pierre Bonhomme plusieurs établissements consacrés aux personnes sourdes et à d’autres personnes handicapées.

C’est ici que son œuvre devient particulièrement intéressante.

Le prêtre meurt en 1861.

Mais l’institution qu’il a créée continue d’expérimenter, d’enseigner et d’adapter ses méthodes aux personnes qu’elle accueille.

Comme souvent dans l’histoire de l’éducation spécialisée, l’innovation n’est pas seulement l’œuvre d’un individu.

Elle se construit progressivement dans des communautés d’éducateurs confrontées quotidiennement aux mêmes difficultés.


🔬 Science, pédagogie ou charité ?

Les trois.

La charité fournit une motivation : ne pas abandonner celui qui rencontre un obstacle.

La pédagogie cherche la méthode permettant de le franchir.

Les connaissances sur l’audition, le langage et le développement cognitif permettent ensuite de comprendre de mieux en mieux ce qui se produit.

Au XIXe siècle, ces domaines ne possèdent évidemment pas les connaissances des neurosciences contemporaines.

Mais une intuition fondamentale est déjà là :

il faut adapter la communication à la personne plutôt que conclure que la personne est incapable de communiquer.


🧠 Ce que nous savons aujourd’hui

Les sciences cognitives et la linguistique ont depuis profondément renouvelé notre compréhension des langues signées.

Une langue des signes n’est pas une simple collection de gestes mimant les objets.

Elle possède une organisation linguistique complexe permettant d’exprimer aussi bien le concret que l’abstrait.

Le cerveau humain n’a donc pas absolument besoin du son pour construire une langue.

Une langue peut être visuo-gestuelle plutôt qu’audio-vocale.

C’est l’une des découvertes les plus fascinantes de la linguistique moderne.


✝️ Foi et raison

Pierre Bonhomme n’était ni neurologue ni linguiste.

Il serait donc artificiel de lui attribuer nos connaissances contemporaines.

Son intérêt pour Credo se trouve ailleurs.

Son œuvre appartient à une longue histoire où des religieux, des pédagogues, des médecins et finalement des scientifiques ont dû affronter la même question :

qu’est-ce que communiquer ?

Le sourd oblige l’entendant à comprendre que sa propre manière de parler n’est pas la seule manière humaine de produire du langage.

Et la charité, lorsqu’elle prend cette réalité au sérieux, ne consiste plus seulement à assister.

Elle commence par apprendre à comprendre.


✨ Pourquoi le retenir ?

Parce que l’histoire de Pierre Bonhomme rappelle que l’éducation spécialisée ne consiste pas à réduire une personne à son handicap.

Elle consiste à chercher le chemin par lequel ses capacités peuvent s’exprimer.

Pour un prêtre du XIXe siècle, cette recherche naissait de la charité chrétienne.

Pour le chercheur contemporain, elle rencontre la linguistique, la psychologie cognitive, les neurosciences et les sciences de l’éducation.

Deux approches différentes peuvent alors converger vers une même évidence :

ne pas entendre n’empêche ni de penser, ni de parler autrement, ni de croire.


📚 Sources

• Biographie du bienheureux Pierre Bonhomme
• Sœurs de Notre-Dame du Calvaire, histoire de la congrégation
• Documentation historique sur l’éducation des personnes sourdes en France
• Travaux consacrés à l’abbé de l’Épée et à l’histoire des langues des signes
• Études linguistiques contemporaines sur les langues signées




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