Giambattista Pianciani : le jésuite qui enseignait la physique au cœur de Rome

 

Physicien, chimiste et maître du futur astronome Angelo Secchi, il voulut faire dialoguer les sciences expérimentales et la philosophie chrétienne.



27 octobre — XVIIIe-XIXe siècles

Summarium latinum : Ioannes Baptista Pianciani, sacerdos Societatis Iesu, Spoleti die XXVII Octobris MDCCLXXXIV natus est. Physicam, chemiam et philosophiam in Collegio Romano docuit. Inter discipulos eius fuit Angelus Secchi, clarissimus astronomus. Scientiam naturalem et philosophiam christianam coniungere studuit.

Un laboratoire scientifique au cœur de la Rome pontificale

Rome, première moitié du XIXe siècle. Dans les salles du Collège romain, un professeur jésuite enseignait les nouvelles découvertes de la physique à des étudiants dont plusieurs allaient eux-mêmes participer au progrès des sciences. Électricité, magnétisme, chimie, chaleur et phénomènes atmosphériques figuraient parmi les sujets abordés par ce religieux qui refusait de réduire l'enseignement à la répétition des auteurs anciens.

Son nom était Giambattista Pianciani. Né le 27 octobre 1784 à Spolète, dans les États pontificaux, il devait devenir l'un des enseignants scientifiques importants du Collège romain au XIXe siècle.

Pianciani ne fut pas l'inventeur d'une machine célèbre ni l'auteur d'une loi physique portant son nom. Son influence s'exerça surtout par ses publications, son enseignement et la formation de jeunes savants. Parmi ceux-ci figurait Angelo Secchi, futur pionnier de la spectroscopie stellaire, qui contribuerait à transformer l'astronomie en une science étudiant la nature physique des étoiles.

Le parcours de Pianciani permet ainsi de découvrir une dimension moins connue de la révolution scientifique : celle des enseignants qui transmettent, discutent et développent les connaissances dont bénéficieront les générations suivantes.

Un jeune noble devenu jésuite

Giambattista Pianciani naquit dans une famille aristocratique de Spolète. Son père appartenait à la famille des comtes Pianciani et sa mère à celle des Collicola, deux lignages établis dans la région.

Il étudia d'abord au collège Tolomei de Sienne, avant que les bouleversements politiques provoqués par les guerres napoléoniennes ne conduisent sa famille à rejoindre Rome.

Au début du XIXe siècle, la Compagnie de Jésus traversait encore une période difficile. Supprimée en 1773 par le pape Clément XIV, elle subsistait néanmoins dans certains territoires et commençait à se reconstituer progressivement.

Pianciani entra dans la Compagnie en 1804 et poursuivit son noviciat à Naples. Les campagnes militaires françaises provoquèrent de nouveaux déplacements. Il passa notamment par Rome et Orvieto, avant de poursuivre sa carrière dans plusieurs établissements religieux.

La restauration universelle de la Compagnie de Jésus par Pie VII, en 1814, permit progressivement aux jésuites de retrouver leurs missions éducatives.

Physique, chimie et sciences naturelles

À partir de 1817, Pianciani enseigna les sciences naturelles à Viterbe. Après plusieurs affectations, il revint à Rome en 1824, lorsque le Collège romain fut rendu aux jésuites sous le pontificat de Léon XII.

Il y enseigna durablement la physique, la chimie et l'histoire naturelle. Son activité ne se limitait pas aux cours : il rédigeait des ouvrages scientifiques, suivait les travaux publiés en Europe et participait aux discussions de plusieurs académies savantes.

Ses Istituzioni fisico-chimiche, publiées en quatre volumes en 1833 et 1834, témoignent de cette volonté de présenter systématiquement les connaissances physiques et chimiques de son époque.

Il publia également des Elementi di fisico-chimica entre 1840 et 1841, ainsi que des articles consacrés notamment à l'électricité et au magnétisme.

Ces disciplines connaissaient alors des transformations considérables. Les travaux d'Ørsted, d'Ampère et de Faraday avaient renouvelé l'étude des phénomènes électriques et magnétiques. Pianciani appartenait au réseau des enseignants et des savants qui contribuaient à faire connaître et à discuter ces découvertes.

Ses recherches n'avaient pas toutes la portée de celles des grands expérimentateurs européens. Il serait donc inexact de lui attribuer des découvertes qui appartiennent à Faraday ou à Ampère. Son mérite réside plutôt dans sa participation active à la culture scientifique de son époque.

Le maître d'Angelo Secchi

L'une des contributions les plus durables de Pianciani fut son influence sur le jeune Angelo Secchi, né en 1818.

Secchi, entré lui aussi dans la Compagnie de Jésus, reçut une formation scientifique au Collège romain. Il devint par la suite directeur de son observatoire et l'un des astronomes les plus importants du XIXe siècle.

Grâce à la spectroscopie, Secchi étudia la lumière émise par les étoiles et proposa une classification fondée sur les caractéristiques de leurs spectres. Cette méthode représentait un progrès majeur : les astronomes ne se contentaient plus de mesurer les positions et les mouvements des corps célestes, mais commençaient à analyser leur composition et leurs propriétés physiques.

Pianciani avait participé à la formation de celui qui allait accomplir ces recherches. Secchi conserva d'ailleurs un souvenir suffisamment important de son ancien professeur pour lui consacrer un hommage biographique après sa mort, en 1862.

Cette relation entre les deux religieux montre comment une tradition d'enseignement scientifique pouvait favoriser des innovations majeures, même lorsque le maître et l'élève travaillaient sur des sujets différents.

Quand la révolution de 1848 interrompt les cours

L'année 1848 bouleversa profondément l'Europe. Les révolutions qui éclatèrent dans plusieurs États atteignirent également Rome, où la contestation politique fragilisa le pouvoir temporel du pape.

Pianciani dut interrompre ses activités habituelles et quitter la ville. Il traversa l'Atlantique et rejoignit les États-Unis, où il enseigna la théologie dogmatique pendant l'année universitaire 1849-1850 dans un établissement jésuite lié à Georgetown.

Cet épisode révèle une autre facette de sa personnalité intellectuelle. Le professeur de physique et de chimie était également un théologien capable d'enseigner des disciplines qui relevaient directement de sa vocation religieuse.

Après son retour à Rome, il reprit progressivement ses activités, tout en consacrant une part croissante de son temps à la philosophie et à l'administration des établissements d'enseignement.

Peut-on concilier la Genèse et les sciences naturelles ?

Au XIXe siècle, la question des relations entre l'histoire naturelle et le récit biblique de la création occupait une place importante dans les débats intellectuels.

Les progrès de la géologie, de la paléontologie et de la cosmologie conduisaient les savants à proposer des chronologies et des descriptions du monde naturel qui ne correspondaient pas toujours aux lectures littérales de la Genèse.

Pianciani participa à ces discussions. En 1851, il publia un commentaire consacré à l'histoire de la création dans le livre de la Genèse. En 1862, année de sa mort, parut également sa Cosmogonia naturale comparata col Genesi, ouvrage cherchant à confronter les connaissances naturelles aux textes bibliques.

Son entreprise appartenait au contexte philosophique et théologique de son siècle. Il ne disposait évidemment ni de la cosmologie contemporaine ni des acquis ultérieurs de la biologie évolutive.

Il convient donc de distinguer ses contributions à l'enseignement des sciences expérimentales de ses tentatives d'interprétation philosophique et biblique. Ces dernières présentent aujourd'hui surtout un intérêt pour l'histoire des idées, certaines de leurs prémisses scientifiques ayant été dépassées.

Mais cette démarche révèle aussi une préoccupation durable : comment accueillir les découvertes de la nature sans considérer nécessairement la foi chrétienne comme leur adversaire ?

Un savant au service de la transmission

Giambattista Pianciani mourut à Rome le 23 mars 1862, à l'âge de soixante-dix-sept ans.

Il laissait derrière lui une œuvre abondante, partagée entre physique, chimie, philosophie et théologie, ainsi qu'une carrière d'enseignement qui avait traversé plusieurs décennies de bouleversements politiques.

Il fut membre de sociétés savantes, notamment de l'Académie des Lyncéens, et contribua à maintenir une activité intellectuelle scientifique dans les institutions jésuites romaines.

Son exemple rappelle que l'histoire des sciences n'est pas seulement celle des découvertes spectaculaires. Elle est aussi celle des professeurs, des auteurs de manuels, des correspondants et des responsables de laboratoires qui rendent possibles les progrès futurs.

Pour conclure

Giambattista Pianciani n'occupera probablement jamais dans les livres scolaires la place de Galilée, de Newton ou de Faraday. Pourtant, son œuvre mérite d'être redécouverte, notamment parce qu'elle illustre une tradition scientifique réelle au sein de la Compagnie de Jésus.

En enseignant les sciences naturelles, en participant aux débats sur l'électricité et le magnétisme, puis en contribuant à former Angelo Secchi, il participa à l'évolution des connaissances au XIXe siècle.

Son parcours ne prouve pas que toutes les conceptions scientifiques et théologiques puissent être conciliées sans difficulté. Il montre plus modestement, mais plus solidement, qu'un prêtre catholique pouvait consacrer une large part de son existence à l'étude et à la transmission des sciences expérimentales.

Pour aller plus loin

Sources

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