Jean-Charles della Faille : le jésuite qui mesurait l'équilibre du monde

 

Un compas, des cercles et un portrait de Van Dyck : le destin singulier d'un mathématicien flamand.






4 novembre — XVIIe siècle

Summarium latinum : Ioannes Carolus della Faille (1597–1652), sacerdos Societatis Iesu et mathematicus Flander, centrum gravitatis sectoris circuli primus geometrice determinavit. In Hispania mathematicam docuit atque regi Philippo IV consilium dedit. Die quarto Novembris Barcinone obiit.

Le mathématicien immortalisé par Van Dyck

En 1629, le célèbre peintre flamand Antoine van Dyck réalise le portrait d'un jésuite de trente-deux ans. L'homme porte la soutane noire de son ordre et se tient près d'une table chargée d'instruments scientifiques : un compas, une équerre et un globe.

Il s'appelle Jean-Charles della Faille.

Ce religieux, né à Anvers le 1er mars 1597, possède déjà une solide réputation de professeur de mathématiques. Il appartient à cette génération de savants jésuites qui participèrent activement à la transformation des sciences européennes au XVIIe siècle.

Son portrait est aujourd'hui conservé aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles.

Comment trouver le centre de gravité d'un morceau de cercle ?

La grande contribution scientifique de della Faille concerne un problème qui paraît simple : déterminer le centre de gravité d'une figure géométrique.

Imaginons un disque de carton parfaitement homogène. Son centre de gravité se trouve exactement au milieu. Mais que se passe-t-il si nous n'en conservons qu'un secteur, semblable à une part de gâteau ?

Le centre de gravité n'est plus au centre du disque initial. Il se déplace vers la partie conservée.

En 1632, della Faille publie Theoremata de centro gravitatis partium circuli et ellipsis. Il y établit pour la première fois une détermination mathématique du centre de gravité d'un secteur circulaire.

Son travail repose sur des démonstrations rigoureuses inspirées d'Archimède.

Ces recherches sont importantes parce que la détermination des centres de gravité intervient dans la compréhension de l'équilibre des objets et, plus largement, dans les calculs de mécanique.

Le jeune Christiaan Huygens, futur grand mathématicien et physicien néerlandais, appréciera la rigueur de ses démonstrations.

De la Compagnie de Jésus à la cour d'Espagne

Entré chez les jésuites en 1613, della Faille étudie auprès de Grégoire de Saint-Vincent et subit également l'influence du mathématicien François d'Aguilon.

Il enseigne ensuite à Dole, dans l'actuelle France, puis à Louvain.

En 1629, il rejoint Madrid pour devenir professeur au Collège impérial, établissement jésuite réputé.

Ses connaissances intéressent bientôt le roi Philippe IV d'Espagne. En 1638, le souverain lui confère le titre de cosmographe du Conseil des Indes, une fonction liée notamment à la cartographie et aux questions géographiques.

Della Faille conseille également la monarchie sur les fortifications et l'ingénierie militaire. Il enseigne aux jeunes nobles les mathématiques nécessaires à la défense des places fortes.

En 1644, il devient précepteur de don Juan José d'Autriche, fils naturel de Philippe IV.

Un savant emporté dans les guerres de son temps

Les dernières années du jésuite sont profondément marquées par les conflits de la monarchie espagnole.

Il accompagne don Juan d'Autriche lors de campagnes militaires en Italie et en Catalogne. Ses compétences scientifiques sont alors utilisées pour résoudre des problèmes de cartographie, de fortification et d'organisation militaire.

En octobre 1652, il entre à Barcelone après la capitulation de la ville, assiégée par les forces royales.

Il y meurt le 4 novembre 1652, âgé de cinquante-cinq ans.

Ses travaux demeurent cependant connus des historiens des mathématiques.

Pour conclure

Jean-Charles della Faille ne fut pas seulement un religieux cultivé qui s'intéressait aux sciences. Il apporta une véritable contribution à la géométrie en déterminant le centre de gravité du secteur circulaire.

Sa carrière montre aussi combien les mathématiques pouvaient être liées à l'enseignement, à la géographie et à l'ingénierie au XVIIe siècle.

Son célèbre portrait par Van Dyck en offre une belle illustration : le jésuite n'est pas représenté avec une arme ou un sceptre, mais avec les instruments de sa profession.

C'est par la géométrie qu'il est entré dans l'histoire.

Pour aller plus loin

Pierre Gassendi : le prêtre provençal qui contribua à renouveler la science — Cogito ergo Credo.

Sources

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