Avant Newton, un savant flamand tentait d'expliquer pourquoi les océans montent et descendent.
6 novembre — XVIIe siècle
Mort le 6 novembre 1667, le père Théodore Moretus fut un mathématicien, physicien et enseignant jésuite originaire d'Anvers. Ses recherches portèrent sur la géométrie, l'optique et le mouvement des mers. En 1665, il publia une étude cherchant à expliquer les marées par l'action de la Lune, plusieurs années avant la formulation de la gravitation universelle par Newton.
Summarium latinum : Theodorus Moretus (1602–1667), sacerdos Societatis Iesu et mathematicus Antverpiensis, Pragae atque Vratislaviae scientias docuit. De geometria, optica, sono et aestu maris scripsit. Lunae vim in maris motibus investigavit. Die sexto Novembris anno MDCLXVII obiit.
Un jésuite issu d'une famille d'imprimeurs
Théodore Moretus naît à Anvers le 9 février 1602. Sa mère, Henriette Plantin, appartient à la célèbre famille de l'imprimeur Christophe Plantin, dont les ateliers ont contribué au rayonnement intellectuel de l'Europe renaissante.
Il reçoit son éducation dans les établissements jésuites et entre dans la Compagnie de Jésus en novembre 1618, à seize ans.
Ses supérieurs remarquent rapidement ses capacités mathématiques. Il bénéficie notamment de l'enseignement du père Grégoire de Saint-Vincent, l'un des géomètres les plus importants des Pays-Bas méridionaux.
Moretus participe aux recherches de son maître sur les propriétés des courbes et les problèmes de quadrature.
Il est ensuite envoyé dans les collèges jésuites d'Europe centrale, notamment à Prague, où il enseigne les mathématiques, la philosophie et la théologie.
Pourquoi la mer monte-t-elle deux fois par jour ?
Au XVIIe siècle, l'origine des marées demeure un sujet de controverses.
Les savants savent depuis longtemps qu'il existe une relation entre le mouvement de la Lune et celui des océans. Mais ils ne possèdent pas encore de théorie satisfaisante pour expliquer précisément ce phénomène.
En 1665, Moretus publie à Anvers son Tractatus physico-mathematicus de aestu maris, un traité consacré aux mouvements de la mer.
Il considère que la Lune exerce une influence attractive sur les eaux terrestres. Il cherche ainsi à expliquer les deux marées quotidiennes sans faire intervenir un hypothétique second astre invisible.
Cette dernière idée avait été envisagée par certains auteurs pour rendre compte de la présence de deux marées dans une journée.
Moretus rejette cette hypothèse et attribue le phénomène à l'action d'une seule Lune, celle que nous observons réellement.
Son raisonnement n'est pas celui de la physique moderne. Il parle notamment d'une force « magnétique », terme dont la signification était alors plus large et moins précise qu'aujourd'hui.
Il ne découvre donc pas la théorie gravitationnelle des marées, que Newton développera ultérieurement. Mais il participe aux efforts scientifiques pour comprendre ce phénomène naturel à partir de causes physiques.
Des miroirs à la musique
Les marées ne constituent qu'une partie de ses recherches.
Moretus étudie également les propriétés des miroirs, les phénomènes optiques, les proportions mathématiques et la propagation du son.
En 1661, il publie un travail consacré à la formation des images et aux propriétés de certains dispositifs optiques.
Ses études concernent notamment les miroirs coniques, dont les formes particulières permettent de transformer l'apparence des objets réfléchis.
Il travaille aussi sur la mécanique et l'hydrostatique, prolongeant les questions étudiées depuis Archimède.
Plusieurs de ses manuscrits scientifiques et une partie de sa correspondance ont été conservés. Ils témoignent d'une activité de recherche importante, associant démonstrations géométriques et examen des théories physiques contemporaines.
Un scientifique catholique dans l'Europe des guerres
Moretus enseigne notamment au Clementinum de Prague, l'un des principaux collèges jésuites d'Europe centrale.
Sa carrière traverse la guerre de Trente Ans et les transformations politiques de la Bohême. Il poursuit néanmoins ses recherches et entretient des correspondances avec d'autres savants, parmi lesquels le jésuite Giovanni Battista Riccioli.
Comme beaucoup de religieux scientifiques du XVIIe siècle, il mène parallèlement des activités pastorales et pédagogiques.
Il meurt le 6 novembre 1667 à Breslau, aujourd'hui Wrocław, en Pologne.
Son nom est toujours inscrit sur la Lune
La postérité de Moretus possède une dimension inattendue.
Un important cratère lunaire, situé près du pôle Sud de la Lune, porte son nom.
Le cratère Moretus, officiellement reconnu par l'Union astronomique internationale en 1935, mesure environ 114 kilomètres de diamètre.
Le nom de ce jésuite flamand figure donc encore sur les cartes lunaires, près de ceux d'autres savants qui contribuèrent à l'histoire de l'astronomie et des mathématiques.
Pour conclure
Théodore Moretus ne fut ni un second Newton ni le découvreur des lois modernes des marées.
Mais il apporta une contribution réelle aux débats de son époque en étudiant les phénomènes naturels avec les instruments de la géométrie et de la physique.
Son travail rappelle que les collèges jésuites étaient également des lieux de recherche et de transmission scientifique, où l'on discutait des nouvelles hypothèses sur le fonctionnement de la nature.
Pour aller plus loin
Jean-François Niceron : le religieux qui révéla les secrets de la perspective — Cogito ergo Credo, un autre mathématicien catholique du XVIIe siècle qui étudia les lois de l'optique et les propriétés des images.
Sources
Henri Bosmans, « Théodore Moretus, de la Compagnie de Jésus, mathématicien », De Gulden Passer, 1928
Université de Masaryk — Théodore Moretus et l'histoire des mathématiques
Universal Short Title Catalogue — Tractatus physico-mathematicus de aestu maris, 1665
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